L'art du politique : communiquer sans agir ou agir sans communiquer



Nos hommes politiques sont plus habitués à informer qu’à communiquer. Depuis des années, les pouvoirs en place, tant en France qu’à l’étranger, ont toujours choisi la solution facile devant la complexité des sujets à traiter. Il leur suffit parfois d’affirmer, de simuler ou d’esquiver le débat si nécessaire, et enfin, de présenter le tout avec les apparats indispensables devant la presse. L’information, souvent vide de contenu, se substitue dans la forme et sur le fond à une véritable communication argumentée suite à une décision, issue d’une consultation, d’un dialogue, d’une concertation, sans parler de consensus.

A chacun sa propre façon de communiquer

La synthèse n’est pas toujours la meilleure façon de trancher lors d’un conflit. Souvent la communication en pâtit. Au contraire, la décision directe, proprement dite, émanent du pouvoir, garde un caractère officiel, parfois solennel. Mais elle est souvent mal ou pas du tout expliquée par souci de ne pas vouloir se justifier. C’est le cas lorsqu’une promesse n’est pas tenue, qu’un objectif est reporté ou qu’il a fallu faire des concessions de politique « politicienne ». La pratique du « couac », plus souvent provoqué qu’accidentel, est d’usage fréquent. Il alimente la confusion et écarte la communication de la vérité et de son objet. L’Exécutif, les Parlementaires de la majorité et de l’opposition se délectent dans tous ces modes de fausse communication, soi-disant « informative ». L’usage permanent de ce type de comportement est usant. Favorisant le « parler pour ne rien dire », il décrédibilise le propos.

Chacun sait que la communication est l’outil indispensable de la démocratie. Mais, elle est très mal utilisée et pas assez dans le sens positif. La forme prime sur le reste. Elle devient l’essentiel. Une information habile peut cacher en guise de communication une forme de pré-manipulation, directe ou indirecte, surtout en période électorale où le « trop » de silence est à proscrire. La langue de bois est pesante, mais elle est devenue une réalité au quotidien. La plupart de nos politiques ne savent plus s’exprimer sans en user en quasi permanence. La notion de discussions en « off » autorise d’autres interprétations. 

Le rôle de la presse et des outils de communication

Au-delà de la presse d’opinion sur laquelle il s’appuie, le politique sait comment tirer le meilleur profit de l’information qu’il transmet pour tenter de convaincre et pour mettre en cause ses concurrents, quitte à tromper l’opinion publique. Les réseaux sociaux, Facebook et Twitter complètent un pseudo-débat citoyen en coulisses que les médias, radio et TV ne manquent pas de relayer pour faire de l’audience. Les éditorialistes des quotidiens et des hebdomadaires, partisans ou non, reprennent les slogans et complètent le décor au travers d’une analyse sémantique exacerbée des textes. Inspirés par une « couacophonie » permanente, certains polémistes, planqués derrière un micro en profitent pour manifester leurs égards subjectifs et impulsifs qui alimentent leur « gagne-pain » quotidien. 

Ces mêmes moyens de communication dont plus personne ne peut plus se passer, enrichissent ou détournent quelque part le débat. Tous ces ingrédients ne remplaceront jamais une communication plus orientée sur le fond (le message) et le contenu (les mots pour le dire), la forme (la façon de le présenter) ayant moins d’importance. Cette communication des politiques comme des médias, perturbée et déformée, fait partie de ce que d’aucuns appellent la démocratie. Les politiques assument la totale responsabilité de « communiquer sans agir » ou bien d’« agir sans communiquer ». C’est le choix du politique…


Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.