L'agriculture, l'autre dossier chaud du second quinquennat Macron

25 %
Au mois d'avril 2022, il y a eu 25% de moins de pluies.

Sécheresse, Nutriscore, guerre en Ukraine... : les dossiers s'accumulent sur le bureau du ministre de l'Agriculture, qui devra arbitrer dans les prochaines semaines un certain nombre de dossiers brûlants.

30°C à Toulouse, 26°C à Lille, 29°C à Bourges... : la France a chaud. Alors que l'absence de pluie a déjà contraint une quinzaine de départements de l'Hexagone à imposer des restrictions en matière d'usage de l'eau, les agriculteurs sont en première ligne face à une sécheresse qui pourrait s'annoncer historique. Avec un mois d'avril « en déficit de 25% de pluviométrie », selon les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique, « il y aura un impact sur la situation des céréales », redoutent les autorités. 

Pour aider les agriculteurs, le gouvernement a annoncé débloquer une enveloppe supplémentaire de 20 millions d'euros, qui s'ajouteront aux 20 millions d'ores et déjà promis en faveur du guichet « Troisième révolution agricole » qui, ouvert en avril, doit aider les agriculteurs français à faire face aux conséquences du dérèglement climatique.


Vers un changement en profondeur du modèle agricole

Il faudra cependant bien plus que quelques aides ponctuelles pour adapter l'agriculture française au réchauffement du climat. C'est en effet à un changement structurel que le secteur doit, dès aujourd'hui, se préparer. « Ces mesures doivent s'accompagner d'une transition des systèmes agricoles pour qu'ils soient plus résilients », assure Marion Guillou, membre du Haut Conseil pour le climat. Décaler les semis, sélectionner des variétés plus résistantes aux vagues de sécheresse, replanter des haies, stocker l'eau...font ainsi partie du panel de solutions à envisager d'urgence. 

Quoiqu'il en soit, sur la question de l'eau, « la solution n'est pas servie sur un plateau : elle sera multiple et locale, il faut tenter de prévoir où se produiront les tensions les plus importantes, quelles seront les priorités d'affectation, les besoins d'équipement », prévient la spécialiste. D'où l'importance, pour Joël Limousin, de la FNSEA, d' « entretenir un climat de concertation (…) pour trouver un juste équilibre ». La patate – très – chaude est désormais entre les mains du gouvernement.

Le Nutriscore, l'autre dossier chaud de l'agriculture

Mobilisé sur le front de la sécheresse, le futur ministre de l'Agriculture devra aussi arbitrer l'épineuse question du Nutriscore, cet indicateur nutritionnel promu par la France qui, s'il faisait quasiment consensus voici quelques mois de cela, fait aujourd'hui face à une fronde de plus en plus générale du monde agricole. A l'image de ces vingt-deux parlementaires qui, pour la plupart élus de circonscriptions rurales, viennent de publier une tribune au vitriol contre le Nutriscore. S'il « partait d'une bonne intention », écrivent les signataires, ce système d'étiquetage « s'est vite heurté à la réalité d'une simplification à outrance de nos produits alimentaires et de nos plats cuisinés ». « Les fromages AOP, les miels, les salaisons et de nombreux autres produits naturels trop gras, trop salés ou trop sucrés (…) seront mis au ban par cette nouvelle gastronomie et tant pis s’ils sont porteurs des traditions parfois millénaires, encadrés par des chartes précises et séculaires de productions et de transformation », dénoncent encore les élus.

Mais le Nutriscore ne s'attire pas que les foudres de la part du monde agricole et des élus des territoires concernés. La très sérieuse Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) vient ainsi de publier un avis scientifique dans lequel l'institution indique que « les régimes alimentaires étant compose?s de plusieurs aliments, l’e?quilibre alimentaire global peut e?tre atteint par la comple?mentarite? d’aliments ayant des profils nutritionnels diffe?rents ». « De sorte, poursuit l'EFSA, qu’il n’est pas ne?cessaire que les aliments individuels correspondent au profil nutritionnel d’un re?gime nutritionnel ade?quat. Néanmoins, les aliments individuels peuvent influencer le profil nutritionnel de l’alimentation globale, en fonction du profil nutritionnel de l’aliment particulier et de sa consommation, en termes de fre?quence et de quantite? ». Traduction : les produits locaux et traditionnels, qui sont soumis à des recettes ne pouvant être modifiées, écoperont d'un « D » ou d'un « E » faussant la perception des consommateurs quant à leurs qualités nutritionnelles.

Le verdissement de la PAC sacrifié sur l'autel de la souveraineté alimentaire

Enfin, le futur gouvernement devra également gérer les conséquences de la guerre en Ukraine, qui a fait bondir les cours du blé, du colza ou du maïs. Au point de faire peser le risque de véritables pénuries sur certains produits, comme l'huile de tournesol – et ce alors que d'autres produits, comme le lait, pourraient, pour d'autres raisons, eux aussi venir à manquer sur les étals des supermarchés. 

Des pénuries qui pourraient bien pousser les autorités françaises et européennes à sacrifier certaines strate?gies de développement durable sur l'autel de la sécurité alimentaire. « L'Europe ne peut se permettre de produire moins », a ainsi lancé Emmanuel Macron fin mars, la France faisant ouvertement pression sur Bruxelles pour que la Commission amende ou retarde l'application de certaines mesures de son plan vert « From farm to fork », notamment en ce qui concerne la question des jachères ou celle de l'utilisation d'intrants chimiques.

Une mauvaise nouvelle pour la planète mais, à court terme, un coup de pouce bienvenu pour un monde agricole exsangue, qui ne manquera pas de se rappeler au bon souvenir du gouvernement dans les mois et années à venir.