Amazonie en flammes : LVMH et Leonardo DiCaprio au secours d'une diplomatie impuissante



Alors que le bras de fer se durcit entre Paris et Brasilia, la diplomatie internationale peine à trouver la réponse aux feux de forêts dévastant l'Amazonie. Prenant la mesure de l'urgence à enrayer la catastrophe, des entreprises et des personnalités publiques montent au créneau, à l'instar du groupe LVMH ou de Leonardo DiCaprio pour financer la lutte contre les incendies.

Quand les grands de ce monde se penchent au chevet de l'Amazonie. Réunis à Biarritz, les chefs d'Etats membres du G7, dont le sommet annuel s'est achevé lundi soir, ont accordé une large part de leurs travaux et discussions informelles à un sujet aussi brûlant qu'imprévu au programme : la lutte contre les gigantesques feux ravageant la forêt amazonienne, ainsi que la reforestation des zones dévastées. Les leaders des pays les plus développés ont ainsi promis une aide d'urgence d'au moins 20 millions de dollars (l'équivalent de 17,94 millions d'euros). Un montant qui devrait, entre autres, permettre de dépêcher sur zone des avions bombardiers d'eau afin d'appuyer les efforts déployés par le Brésil, principal pays touché par les feux et dont les frontières enserrent 60% du « poumon de la planète ».

La France, qui présidait le G7 cette année, et qui avec la Guyane partage une très longue frontière avec le Brésil, a également promis d'envoyer des renforts de pompiers et d'octroyer des moyens d'expertise à la Sécurité civile. De son côté, le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, a évoqué une aide de 10 millions de livres sterling. Enfin, une initiative, dont les contours restent encore à définir, devrait être lancée lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies, afin de contribuer à la reforestation de cet immense territoire, couvrant quelque 5,2 millions de kilomètres et captant, à lui seul, 14% des émissions mondiales de CO2.

Le retrait du Mercosur, une fausse bonne idée ?

Mais Jair Bolsonaro, le président brésilien, ne l'a d'abord pas entendu de cette oreille. Le nouvel homme fort de Rio, qui n'a jamais fait mystère du peu de cas qu'il fait des questions environnementales, a ainsi purement et simplement décliné l'aide des pays du G7, renvoyant son homologue français, Emmanuel Macron, à ses prétendues « colonies ». Electrisé par la présence de Donald Trump et la crainte de ses tweets intempestifs, le dernier G7 s'est déroulé sur fond de passe d'arme diplomatique entre les chancelleries brésilienne et française. Avant que le Brésil ne se dise finalement « ouvert » à une aide financière de l'étranger, à la condition que cette aide « n’aille pas à l’encontre de la souveraineté brésilienne et que la gestion des fonds soit sous notre responsabilité », a déclaré un porte-parole de la présidence. Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé, à la veille du sommet, qu'il suspendait la participation de la France à l'accord commercial entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur, l'organisation représentant l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.

Si ce revirement représente sans doute aucun un joli coup politique à l'actif du président français, qui à quelques mois des municipales a plus que jamais besoin de « verdir » son image auprès de ses électeurs, le retrait provisoire de l'accord avec le Mercosur n'est pas nécessairement synonyme de bonne nouvelle pour la forêt amazonienne. Le traité prévoit, en effet, des mesures importantes pour la préservation de l'écosystème amazonien, mesures qui resteront lettre morte si le projet avorte en cours de chemin. Parmi elles, l'obligation faite au Brésil de lutter contre la déforestation et de « replanter douze millions d'hectares » de forêt, l'engagement mutuel à « lutter contre le changement climatique et à oeuvrer à la transition vers une économie durable à faible intensité carbone », ainsi qu'une référence explicite à l'Accord de Paris, que Jair Bolsonaro a promis de quitter lors de sa campagne.

LVMH et Leonardo DiCaprio à la rescousse

En d'autres termes, abandonner l'accord UE-Mercosur risque fort d'aggraver la déforestation de l'Amazonie et de braquer encore davantage des autorités brésiliennes brandissant volontiers la rhétorique du « seul contre tous ». Et, pendant que la communauté internationale tergiverse, la forêt brûle : 3 000 nouveaux départs de feu ont été comptabilisés au cours des cinq derniers jours.

Une urgence pleinement prise en compte par certains acteurs privés qui, à l'image du groupe LVMH, ont décidé d'apporter leur soutien à la lutte contre les incendies. Dans un communiqué publié le 26 août, Bernard Arnault, PDG du numéro un mondial du luxe, et Yann Arthus-Bertrand, fraichement nommé à son conseil d'administration, annoncent donner pas moins de 10 millions d'euros – soit plus de la moitié de l'aide promise par les pays du G7 – pour renforcer ce qu'ils estiment être un « effort collectif ». Les deux hommes appellent ainsi « toutes celles et tous ceux qui partagent comme eux la conviction que l’Amazonie, trésor du patrimoine naturel mondial doit être sauvegardée, à participer à cette initiative. Ils soulignent que la France est, aux côtés de son très grand voisin le Brésil et de ses autres voisins sud-Américains, pour partie responsable du destin de cette immense forêt ».

Même sursaut de la part de certaines personnalités publiques, telles que Leonardo DiCaprio, connu pour son engagement sans faille en faveur de l'environnement, qui offre 5 millions de dollars pour sauver l'Amazonie par le biais de l'ONG Earth Alliance. L'acteur a annoncé la création d'un fonds de protection de la forêt amazonienne et l'association s'engage concrètement à aider « les communautés autochtones et les autres partenaires locaux travaillant à la protection de la biodiversité » et se dit « profondément préoccupés par la crise en cours en Amazonie, qui met en évidence le délicat équilibre entre climat, biodiversité et bien-être des peuples autochtones ».

Une aide heureuse, qui se traduit par des actions concrètes, matérielles et immédiates, sur le terrain, en attendant une hypothétique réponse internationale. La diplomatie ne peut pas tout ; si l'Amazonie est, en dépit des imprécations du président brésilien, notre bien commun, toutes les contributions sont évidemment les bienvenues.