Arnaud Montebourg ou l'espoir d'une nécessaire réindustrialisation de la France

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Arnaud Montebourg mise sur la création de 500 000 emplois industriels

Les propositions économiques d’Arnaud Montebourg sont sans doute les plus porteuses d’espoir pour une vraie relance industrielle et écologique de notre pays. Le candidat à la présidentielle a posé les jalons d’une réindustrialisation massive et au service de l’économie et de ses habitants. La Remontada peut passer du slogan à la réalité si l’ancien ministre parvient à convaincre une majorité de Français tout en évitant quelques solutions parfois séduisantes électoralement, mais difficilement applicables.

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle pointent le déclin de la France dans de nombreux domaines, mais aucun d’entre eux ne semble avoir un programme de redressement aussi entreprenant et cohérent qu’Arnaud Montebourg. Car la « remontada » que l’ancien ministre du Redressement productif appelle de ses vœux doit s’accomplir à la fois sur les plans industriel, salarial, écologique, territorial et républicain. Le candidat de gauche mise sur un effort collectif de tous les Français et sur la force commune de la France des territoires pour refonder notre modèle social et économique aujourd’hui fragilisé. Son projet consiste en effet à reconstruire méthodiquement le pays dans tous les secteurs où il est confronté à un effondrement : industrie, agriculture, éducation, hôpital… Une alternative puissante et inédite aux échecs répétés de tous les partis politiques au pouvoir depuis vingt ans. Un projet qui transcende les clivages et résonne aussi dans le monde économique.

Un programme « made in France de taille XXL »

Ce programme « made in France de taille XXL » prévoit de changer radicalement de méthode, de moyen et d’échelle, pour recréer 500.000 emplois industriels et installer 500 nouvelles usines dans nos régions, et notamment dans les territoires délaissés. Un plan qui permettra d’augmenter significativement la part industrielle dans la richesse nationale et de rattraper dans ce domaine nos voisins européens – les Espagnols sont en effet aujourd’hui à 16 %, les Italiens à 19 %, les Allemands à 23 % et la France seulement à 11 %.

Pour cela, on ne pourra pas tout miser sur les start-up et sur les technologies du futur. Il faut se remettre à fabriquer sur le sol national les produits critiques – une soixantaine – que nous importons aujourd’hui au prix de notre souveraineté perdue : dans l’électronique, la pharmacie, l’alimentation, le machinisme... Arnaud Montebourg propose ainsi de soutenir la création de nouvelles usines en utilisant les leviers de la commande publique et des mesures de protection de l’intérêt national. Nous importons par exemple 1,8 milliard d’euros d’antibiotiques, 3,5 milliards d’engrenages et d’organes de transmission, ou encore 4,2 milliards de matériel de levage et de manutention. Or, la France a les capacités industrielles, technologiques, scientifiques et productives pour recréer des supply chains dans notre pays.

Arnaud Montebourg veut stopper la destruction du made in France, qui s’est traduite ces dernières années par la perte d’Alstom, Lafarge, Alcatel, Technip, Essilor, le démantèlement d’Engie et la délocalisation d’une partie de la production d’Ariane. Pour cela, il s’agit aussi de mettre fin à la domination de la technostructure sur les politiques économiques de la France, soumises à l’ordonnancement néo-libéral européen. Arnaud Montebourg plaide à juste titre pour un État fort, mais pas arrogant. Un État au service de la Nation, et pas au service d’une caste ou d’une classe. Un État qui crée, sauve, protège, mais pas qui défait, laisse vendre et laisse faire.

Remontada des salaires et de la planète

Ce redressement industriel doit s’accompagner d’une remontada des salaires pour rémunérer justement l’effort et permettre à chacun(e) de vivre dignement de son travail. Car revaloriser le travail, cela consiste d’abord à payer les gens correctement pour qu’ils puissent en vivre. Arnaud Montebourg propose ainsi, dès 2022, une augmentation du Smic de 10 % et une revalorisation significative de tous les salaires inférieurs à 2 000 € brut. Par la négociation ou par la loi s’il le faut. Il propose également un « dividende salarié égalitaire » pour tous les salariés des entreprises de plus de 10 employés, afin de partager les profits avec ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.

La « remontada de la planète » est également au cœur du programme du candidat, la transition écologique n’étant plus négociable au regard de l’urgence climatique. L’objectif est celui d’« une France sans pétrole à l’horizon 2040 », alors que nous dépensons aujourd’hui 45 milliards d’euros par an dans l’importation de cette énergie fossile. Un chantier gigantesque, qui suppose des investissements massifs et des décisions fortes, comme la mutation écologique de notre économie et l’imposition d’un taxe carbone aux importations lointaines. Pour assurer cette transition, Arnaud Montebourg, qui se veut l’artisan d’une « écologie praticable », souhaite investir à la fois dans le nucléaire et les énergies renouvelables.

Redonner de la force à la France des territoires

C’est également dans cette perspective que le candidat de gauche souhaite la nationalisation des sociétés concessionnaires d’autoroutes, préférant que les péages et les 3 milliards de dividendes annuels financent l’écologisation des transports en commun, la généralisation de la voiture électrique, le retour des petites lignes de train ou le ferroutage. On peut néanmoins s’interroger sur la pertinence d’une telle mesure au regard de son coût, estimé entre 40 et 50 milliards d’euros. Une masse d’argent public qui serait sans doute mieux utilisée dans d’autres domaines où la présence de l’État est beaucoup plus utile et plus urgente d’autant que les contrats de concession arriveront à leur terme à partir de 2031 et que les autoroutes ne cessent de demeurer la propriété de l’État.

De plus, si l’on veut, comme le souhaite Arnaud Montebourg, que la réindustrialisation concerne tous les territoires, il faut y réfléchir à deux fois avant de casser l’équilibre actuel qui permet de desservir ces territoires grâce à un réseau autoroutier exceptionnel. On remarquera d’ailleurs que cette mesure de renationalisation des concessions d’autoroutes figure également dans le programme de Marine Le Pen. Arnaud Montebourg a tout intérêt à ne pas tomber dans ce type de travers ou de facilités de raisonnement qui pourraient faire penser à un programme hors-sol, voire même proche de celui du Rassemblement national.  Un moyen d’éviter ainsi de stériles polémiques comme sur le blocage proposé trop hâtivement de transferts d’argent des immigrés pour faire pression sur les pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants expulsés de France.

Le réseau autoroutier reste indispensable pour redonner à nos régions rurales, aux territoires délaissés et aux petites communes oubliées « la force économique qu’elles ont perdue et la reconnaissance politique qui leur manque », comme le souhaite Arnaud Montebourg. Celui-ci veut également proposer aux Français qui veulent vivre et travailler hors des métropoles, de réaliser leur rêve grâce à un « programme de retour à la terre ». Il s’agit de racheter et de donner des biens immobiliers vacants de très faible valeur aux Français qui ne sont pas propriétaires et qui s’engagent à les remettre en état et à les habiter durablement. Une remontada des territoires qui passe également par la fin des déserts médicaux et le retour des services publics.

Les chantiers sont gigantesques et complexes, mais peuvent être menés parfaitement avec une nouvelle équipe au pouvoir désireuse de placer les Français et leurs principales préoccupations au cœur de l’action politique.