Le cannabis c'est « de la merde » pour Darmanin

7 %
L'alcool est responsable de 7% des décès en France chaque année.

La politique repressive contre le cannabis, prônée par le gouvernement français, ne devrait pas connaître d'inflexion avec Gérald Darmanin en tant que ministre de l'Intérieur. Si l'amende est désormais généralisée, pour le ministre, le cannabis est tout simplement « de la merde ».

Le cannabis est « de la merde » : Darmanin ferme la porte à la légalisation

À deux reprises, le 13 septembre 2020 dans le journal marnais L'Union, puis le lendemain sur LCI, Gérald Darmanin a donné le ton de ce que sera la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron concernant la lutte contre le cannabis. Toute légalisation semble d'emblée taboue : « J'ai sur ce point, et malgré mon estime pour lui, un désaccord profond avec Arnaud Robinet [maire LR de Reims ayant demandé un débat sur la légalisation, ndlr]. Sur ce sujet, je crois qu'il se trompe profondément. Je ne peux pas, en tant que ministre de l'Intérieur, en tant qu'homme politique, dire à des parents qui se battent pour que leurs enfants sortent de l'addiction à la drogue, que l'on va légaliser cette merde. Et je dis bien 'cette merde' ». Un terme fort utilisé dans le journal L'Union en premier lieu.

Puis, c'est sur LCI que le ministre de l'Intérieur a réitéré ces propos, citant un spot antidrogue des années 1980, époque frappée par une véritable épidémie de l'usage des drogues, en particulier les drogues dures : « 'La drogue, c'est de la merde', disait le spot télé. Eh bien on ne va pas légaliser cette merde ».

« Le vin n'est pas un alcool comme les autres »

Gérald Darmanin, pour étayer ses propos, explique à L'Union, « qu'est-ce que je répondrais aux dizaines de courriers que je reçois par mois de parents qui ont eu des enfants gravement blessés ou tués, parce qu'ils ont pris de la drogue et qu'ils ont conduit après ? ». Des propos qui étonnent lorsque l'on regarde les chiffres de la Sécurité routière… et la politique du gouvernement contre une autre drogue, qu'il ne semble pas considérer comme telle : l'alcool.

Selon la Sécurité routière, en effet, 23% des décès sur les routes en 2015 sont liés à un conducteur sous l'emprise de stupéfiants (tous types confondus), soit moins que les 30% de décès liés à la consommation d'alcool.

L'alcool a même tué, en 2010 en France selon l'Insee, 49.000 personnes directement (donc hors chiffres de la Sécurité routière par exemple), contre seulement 6 personnes pour le cannabis. Pas étonnant que l'alcool soit considéré comme une drogue par les experts… Ce qui n'aura pas empêché Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, d'avoir déclaré en janvier 2019 (et répété plusieurs fois) que « le vin n'est pas un alcool comme les autres », faisant bondir l'ensemble des professionnels de la médecine et, en particulier les addictologues.


Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.

 

Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio