Comment faire bon usage du snobisme



Puisque le snobisme est totalement incorrect, il est important de tenter de faire bon usage de tous ces petits "riens" signifiants qui nous tiennent à cœur et façonnent souvent notre savoir vivre.

Qui n'a pas été charmé, accroché, émerveillé devant l'apprentissage de la parfaite élocution d'Eliza dans le film "My fair lady" ? Oublions évidemment tout ce qui tient à la high-society britannique et de ce que l´on appellerait aujourd'hui "la violence sociale" de Mr Higgins ! Même si celle-ci est enrobée de bons sentiments qui nous emmènent vers une happy-end pour notre plus grand bonheur... Le pari de transformer la ravissante Audrey Hepburn en femme du monde se rapporte plus à sa gouaille traînante et nasillarde, signe extérieur criant des bas quartiers (nos banlieues !) qu'à son comportement. Et ce qui continue de nous interpeller c'est la voix, l'accent, l'intonation... Jamais nous n'avons été autant confrontés à une telle incidence sociétale de l'accent et de l'expression verbale. C’est parfois un véritable frein à l'emploi, à la promotion, que ce marquage social, objet conscient ou inconscient de racisme.

Les intonations, le verlan, les expressions caricaturales, la volonté d'une vulgarité affichée sont l'expression d'une révolte et d'un refus de s’assimiler. Pire, cela coïncide en général avec la tenue et le comportement. Chez les jeunes de tous bords, "l'accent XVIe" n'est plus de mise et heureusement, mais hélas le mal parler est devenu la mode. La langue verte au moins avait du talent.

Etre cool c'est imiter l'intonation "caillera" ("racaille" pour ceux qui ne sont pas au niveau du verlan courant) autrement dit "le jouer loubard" et dans tous les milieux. Certains résistants, dépassés, essaient timidement de lutter contre les fautes de grammaires revendiquées, les inversions grammaticales, la disparition de la forme interrogative en particulier dans les médias ("vous voulez dire quoi?"), les accords disparus, les abréviations, les mots "vulgos", "c'est tendance"; les tics de langage deviennent la norme... On n'évoquera même pas la grammaire dont feu l'accord du participe passé "avec le complément d'objet direct s'il est placé avant l'auxiliaire avoir". Terminé ! C’est le lointain vestige d'un Bescherelle bourgeois monument historique et regardé d'un sale œil par l'Education Nationale (la réforme de l'orthographe est un symptôme).

Pire! Les élus au plus haut niveau (vous voyez ce que je veux dire) s'entrainent, pour faire proche du peuple, à la faute de français, voire à la faute de grammaire sympa. Je vous passe les gros mots. C’est ainsi que stupéfaits, on a entendu à la TV sur France 3, Alain Juppé dire volontairement et devant la caméra, dans un reportage "je les emmerde ! S’ils se font chier avec moi qu'ils aillent voir ailleurs”. La syntaxe demeure correcte certes, mais il a raison je vais peut-être aller voter ailleurs… Quant à l'accent tonique, il s'est déplacé, le phénomène gagnant peu à peu toutes les catégories sociales, il repose maintenant sur la dernière syllabe, faisant trainer tous les mots ; le "E" muet se prononce avec insistance et l'accent n'a plus rien de tonique (“bonjourE") ! Si vous parlez "bien", pire avec un phrasé un peu recherché et que vous articulez, vous êtes classé "bourge" (la honte). La revendication égalitariste passe par le nivellement par le bas, le langage n'y échappe pas. Alors, Résistons ! Au nom de l'esthétique et de la musique des mots et des phrases... Soyons snobs, au nom du français.

Article publié initialement sur Magistro


Eberhardt Unger

Le Dr. Eberhardt Unger est un économiste indépendant, fort de plus de 30 ans d'expérience des marchés et de l'économie. Vous pouvez retrouver ses analyses sur le site www.fairesearch.de.