Coups de casque : une justice pour Boris Faure ?



Cinq ans après avoir agressé Boris Faure, le député M’jid El Guerrab vient enfin d’être condamné. La justice s’est prononcée mais qu’en est-il de la politique alors qu’Elisabeth Moreno l’a chaudement félicité pour son mandat en omettant de rappeler que cet élu de la nation avait failli tuer un homme. Comment la politique doit-elle agir face aux élus mis en examen ou condamnés ?

Dans son ouvrage « Coups de casque, essai sur la violence en politique » Boris Faure revient sur son agression et nous interroge sur le laxisme et la trop forte récurrence de la violence dans le monde politique.

En 2017 vous avez été agressé par un député de la majorité. Cinq ans après, êtes-vous satisfait de la décision de justice et de sa réception dans le monde politique ?

C’est un jugement sans tâche, le verdict que j’attendais : Le tribunal a suivi le réquisitoire du parquet. Mon agresseur est condamné à trois années de prison dont une ferme et à deux ans d’inéligibilité. Le verdict a donc une dimension politique forte puisque le procureur avait plaidé lors du procès le 6 avril pour de l’inéligibilité en avançant le manque d’exemplarité évidente d’un élu coupable de violence extrême. La partie adverse a tout tenté : vouloir me faire passer pour l’agresseur, pour un raciste, tenter d’éviter l’inéligibilité. C’est un échec total. Une défense jusqu’au-boutiste qui s’écrase dans le mur. Ces deux coups de casque sanctionnés valent leçon de civisme : La violence, mais aussi la diffamation utilisée sans vergogne par mon agresseur, doivent être bannies du champ politique. Les juges sont indépendants du pouvoir en place. Mais la classe politique est parfois pusillanime, surtout en période électorale. Je regrette que la ministre Moreno, qui est candidate à la place de mon agresseur sur la 9ème circonscription des français de l’étranger, se soit empressée de saluer le bilan de M’jid El Guerrab après son investiture. Pas un mot pour moi la victime, alors que nous sommes sur une agression politique sans précédent sous le quinquennat Macron et même sous la 5ème République. Je crois que c’est plus que de la maladresse. Une vision déformée de ce que doivent être les rapports politiques. La connivence de parti, la complicité politique doivent s’arrêter là où commence la nécessaire dignité. Être en campagne n’oblige pas à détourner le regard.  « Dans les épreuves décisives on ne franchit correctement les obstacles que de face » disait François Mitterrand.  Certains politiques continuent à préférer l’esprit de bande à l’esprit des lois. Les citoyens ne s’y trompent pas et les sanctionneront dans les urnes.

Vous avez déclaré avoir le besoin de vous engager sur le thème de la violence. Cale va-t-il aller au-delà de votre ouvrage ?

Je suis militant depuis l’âge de 20 ans. Difficile de se cantonner seulement au rôle d’auteur, même si écrire m’a permis de prendre du recul. Je compte porter ce combat contre la violence et pour la dignité dans le champ politique : Je me suis engagé à soutenir publiquement pour les législatives tous les candidats de gauche, qu’ils soient socialistes, radicaux, écologistes, dès lors qu’ils représentent des candidatures sans tâche, qu’ils mènent des campagnes dignes. J’ai aussi pour projet d’aider les personnalités politiques qui veulent travailler sur ce sujet majeur de la montée de la violence en politique, je pense en particulier au maire de Montpellier Michael Delafosse, qui de part son vécu professionnel d’enseignant, est très ouvert à un travail sur le fond qui s’inscrive dans le temps long.

D’après vous, avant que justice soit rendue, un politicien accusé de violences devrait-il toujours subir une mise à pied ou une nuance doit-elle être apportée en faisant du cas-par-cas ?

La justice est lente. Sans attendre son verdict, dans le cas d’une agression en flagrant délit, ou quand des témoignages de violence sexuelles sont multiples et évidents, il faut que les politiques incriminés soient poussés à faire un pas de côté. Lionel Jospin avait demandé aux ministres mis en examen de démissionner. Il doit y avoir une pression politique qui s’exerce contre les personnes qui sont reconnues comme fautives. Bien sûr, la présomption d’innocence subsiste, mais la classe politique doit écarter les moutons noirs au lieu de les couvrir avec complaisance. Il y a trop de corporatisme, trop d’indulgence, et c’est la démocratie qui en pâtit et s’abîme avec la protection coupable dont bénéficient certains. La violence envers les femmes en politique doit par exemple faire l’objet de sanctions politiques plus systématiques. Malgré « Me Too » Il y a encore trop de femmes qui n’osent s’exprimer et qui ne déposent pas plainte face à des élus surpuissants. Peur pour leur emploi, peur d’être déconsidérées, la peur doit changer de camp. C’est à la classe politique d’aider ces femmes en refusant de couvrir les comportements délictueux de ce qu’il faut bien appeler des porcs ou des personnes dysfonctionnelles qui en situation de pouvoir sont désinhibées et deviennent prédatrices.

Certains postes de représentants de la nation devraient-ils être conditionnés à un casier vierge ?

Je le crois en effet. Il faut à la fois que les personnes qui ont payé leur dette vis-à-vis de la société retrouvent la plénitude de leurs droits à représenter les autres, mais nous devons étendre les cas d’inéligibilité. Deux ans d’inéligibilité pour deux coups de casque qui ont failli me tuer, en ce sens, ce n’est pas cher payé.

Mon agresseur a fait appel du verdict. J’espère que le nouveau verdict durcira encore la sanction. Ce serait justice.