Déchets, voirie, éclairage public : les défis du prochain maire de Paris

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Avec plus de 21 000 habitants au km2, Paris est l'une des grandes
villes les plus denses au monde.

Quelle que soit la personnalité élue, le ou la prochain(e) maire de Paris devra faire face à des enjeux importants pour la vie quotidienne des Parisiens. Gestion des déchets, entretien de la voirie, éclairage public… Les sujets ne manquent pas et pèseront sur la réussite du prochain mandat.

Paris sera-t-il toujours « la plus belle ville du monde » dans dix ou vingt ans ? Pour y parvenir, la nouvelle équipe municipale qui sera élue en mars prochain devra absolument relever un certain nombre de défis, concernant aussi bien l’écologie que la vie quotidienne des Parisiens.

Le casse-tête de la gestion des déchets

Le sujet récurrent de la gestion des déchets et de la propreté des rues de Paris, en particulier, s’est à nouveau invité dans le débat électoral. Malgré plusieurs plans d’action consécutifs, des renforts d’agents de nettoyage – qui sont aujourd’hui plus de cinq mille – et le déploiement d’équipes « urgence propreté », chargées de nettoyer rapidement les lieux qui le nécessitent, « la situation n’est pas encore satisfaisante », a admis Anne Hidalgo dans Le Journal du Dimanche en septembre dernier. Pour franchir une nouvelle étape, la plupart des candidats, y compris la maire actuelle, proposent de décentraliser l’organisation de la propreté de Paris vers les mairies d’arrondissement.

C’est que la propreté de la capitale est un véritable casse-tête, comme il l’est également dans d’autres grandes villes du monde à l’image de Londres, Los Angeles ou San Francisco. Avec plus de 21 000 habitants au km2, pour un total de plus de deux millions de résidents, Paris est l’une des grandes villes les plus denses au monde. Elle reçoit en plus 1,2 million de visiteurs par jour et 32 millions de touristes par an. La tâche est d’autant moins aisée que les quantités de déchets augmentent. Aujourd’hui, à Paris, environ 3 000 tonnes de déchets sont collectées chaque jour, soit plus d’un million de tonnes par an !

Si la quantité de déchets triés correctement augmente d’année en année, la consommation de produits emballés et de sacs poubelle utilisés est également en hausse. Les aliments des Parisiens représentent ainsi 15 % de leurs poubelles et parmi eux, 40 % sont encore emballés. Au total, selon la mairie, près de 70 % du contenu de la poubelle pourrait être évité, grâce à des actions de réduction, de réemploi et de valorisation.

L’objectif n°1 est de réduire la quantité de déchets, en particulier ceux destinés à l’incinération, même si celle-ci permet de produire de l’électricité et d’alimenter des bâtiments en chauffage. Aujourd’hui, seuls 20 % des déchets déversés dans les centres de tri sont recyclés. Le tri des déchets alimentaires représente également un enjeu important. Dans certains arrondissements, à côté des poubelles vertes, jaunes et blanches, trônent ainsi désormais des poubelles marron réservées aux biodéchets.

Par ailleurs, un budget de 1,5 million d’euros a aussi été débloqué pour lutter contre la prolifération des rats dans la capitale. Cet été, une nouvelle arme devrait être expérimentée : la glace carbonique, qui en se réchauffant, asphyxie les rongeurs. Une méthode testée avec succès à New York, Chicago et Washington.

Voirie : l’heure des grands chantiers

Le réaménagement et la rénovation de la voirie constituent également un sujet majeur des élections municipales. Depuis quelques années, les travaux font partie du paysage parisien. Du réaménagement de sept grandes places au plan vélo, ces grands travaux de voirie ont pour ambition de redistribuer l’espace public en faveur des piétons et des cyclistes. Les nuisances passagères engendrées par tous ces chantiers seraient le prix à payer pour construire « le Paris du XXIe siècle », une ville qui ne sera plus marquée par le tout-automobile.

Selon les derniers chiffres communiqués au Journal du Dimanche, un peu plus de 5 500 chantiers restaient ouverts au 15 décembre 2019 dans la capitale (contre environ 7 500 trois mois plus tôt). Sur ce total, seuls 585 sont commandés par la ville de Paris, le reste étant le fait des concessionnaires de réseaux (chauffage, gaz, électricité, etc.) et des promoteurs privés. Mais si seulement un peu plus de 10 % des travaux sont initiés par la ville, celle-ci est, selon les statistiques du site public Paris Data, responsable de 28 % des 144 travaux considérés comme « perturbants » et de 39 % des 28 travaux catégorisés comme « très perturbants ».

Le réaménagement en cours de sept grandes places (Bastille, Panthéon, Madeleine, Nation, Italie, Fêtes et Gambetta) doit se traduire par 50 % d'espace supplémentaire pour les piétons et cyclistes. Tout aussi emblématique, le plan vélo prévoit de passer de 700 km d’aménagements cyclables en 2015 à plus de 1 000 km en 2020. Les Parisiens semblent en majorité approuver la finalité de ces aménagements urbains, mais se plaignent au quotidien des conséquences en matière de circulation et de bruit de ces mises en chantier permanentes.

La voirie mériterait également d’être rénovée en de nombreux endroits. Selon Libération, sur l’application Waze, on dénombrait en mai 2019 plus de 15 000 alertes de trous dans la chaussée de la capitale...

Un nouvel éclairage pour « la ville lumière »

La prochaine mandature doit également marquer une nouvelle ambition en matière d’éclairage public. Le renouvellement de ce marché en 2021, dont le résultat de l’appel d’offres aura lieu dans quelques mois, doit être l’occasion de bâtir une nouvelle vision de l’éclairage de Paris pour les dix prochaines années. Le groupe d’élus RG-CI, qui a posé les jalons du premier « Plan lumière » de Paris, résume ainsi les différents objectifs à concilier : mettre en valeur le patrimoine exceptionnel de Paris et embellir la ville, sécuriser les plus fragiles, lutter contre la pollution lumineuse et réduire la facture énergétique.

Actuellement, Paris dispose de 345 000 points lumineux dont près de 192 000 points d’éclairage public. Preuve que Paris brille… Mais il doit briller mieux. La lumière doit permettre de mettre en valeur le patrimoine exceptionnel de la ville et contribuer à l’attractivité de Paris, mais aussi d’embellir les quartiers périphériques. Elle doit également contribuer au sentiment de tranquillité publique et de bien-être dans l’espace public et dessiner de nouveaux parcours lumineux sécurisés dédiés aux mobilités douces. Elle doit aussi limiter la pollution lumineuse, qui a des impacts néfastes sur les animaux, les végétaux et les humains. Le chantier est de taille.

Enfin, l’éclairage public, qui représente plus de 30 % de la facture d’électricité de la collectivité, est également un enjeu majeur sur le plan énergétique. Le premier objectif d’une réduction de 30 % de la consommation énergétique de la ville en 2020 a été atteint. Le plan Climat Air Energie adopté en 2018 prévoit désormais une réduction de la facture énergétique liée à l’éclairage urbain de 50 % d’ici à 2030. Grâce à l’utilisation d’un mobilier urbain plus moderne, il est en effet possible de réduire considérablement la facture énergétique, notamment en remplaçant les candélabres énergivores et en privilégiant l’usage des LED dont la durée de vie est plus longue et le coût de maintenance inférieur. Il s’agit également de réfléchir à tous les services numériques qui pourraient se greffer sur le réseau d’éclairage public. Le travail engagé par la ville dans ce domaine doit donc se renforcer si Paris veut rejoindre Copenhague. La capitale danoise fait aujourd’hui figure de modèle en matière d’éclairage intelligent. L’éclairage urbain forge l’identité culturelle d’une ville, Paris doit se distinguer et reprendre le leadership mondial dans ce domaine. Le futur marché renouvelé en 2021 doit permettre de mieux faire briller « la ville lumière ».