Face à En Marche, évitons les « tristes tropismes » de l'opposition stérile !



On peut faire partie des agnostiques d’une REM qui aurait très pu rester sur le banc de touche du deuxième tour des élections présidentielles, ou finir finaliste, si l’affaire Fillon n’avait réglé le sort de ce dernier.

L'électorat de droite a ses raisons d'être déçu

L’électorat de la droite et du centre, dont le candidat n’a été distancé, malgré « l’affaire », que d’un point et demi par Marine Le Pen, peut à juste titre être déçu par une issue électorale qui les a privés d’un débat plus civil et constructif sur les projets présidentiels et la manière de réformer.

On peut encore, dans l’électorat de droite en particulier, se sentir floué et penser qu’un mouvement de droitisation de l’opinion a été privé de matérialisation par des circonstances regrettables. En sens inverse, on pourrait estimer que l’on a sur-interprété politiquement le coefficient de sympathie personnelle dont le candidat Fillon, ce Poulidor soudain vainqueur, a bénéficié pendant un temps.

On peut également penser, en allant un peu plus loin, qu’un Inspecteur des Finances, ayant « pantouflé » dans une banque d’affaires, proche collaborateur d’un ancien Président que beaucoup de Français veulent oublier, n’a pas le profil idéal du réformateur girondin « subsidiariste » que la France de province appelle de ses vœux depuis longtemps et, en ce sens, s’inquiéter de le voir définir, à la Clémenceau, le nombre d’élèves optimal par classe. Mais…

Emmanuel Macron évite les polémiques et sait déléguer

…Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Emmanuel Macron a été élu, bien élu, malgré abstention et votes blancs et nuls. Il a annoncé la couleur à l’avance. Il est porteur par son choix des candidats à la députation d’un renouvellement indiscutable et attendu de la vie politique française. Il veut sortir du vieux référentiel gauche-droite qui fait trop souvent préféré la volonté de nuire à l’adversaire politique plutôt que de choisir une solution d’intérêt général (comme on l’a vu justement sur la loi Macron). Il propose la bonne réforme des retraites et une méthode qui la rend acceptable. Il n’en rajoute pas dans la démagogie sur les dossiers sociaux délicats. Face au statu quo bavard dans lequel nous sommes empêtrés depuis trop longtemps, il veut incarner le mouvement et l’action. Il veut déléguer et se garder de perpétuer cette grave erreur managériale, en politique comme dans l’entreprise, qui consiste à faire le travail de son N-1 ou de son N-2. Il veut limiter la taille des cabinets ministériels et mettre à contribution les dirigeants de administrations centrales (mais veut-il accroître la délégation des patrons des services extérieurs de l’Etat ?). Il semble avoir compris la fatigue des Français face à l’hypermédiatisation des Présidents.

Il paraît dès lors « fairplay », quel que soit son « affectio societatis » initial avec la personne du nouveau Président, de lui donner sa chance, d’autant que nous n’avons plus le choix. Il est élu pour 5 ans.

Une occasion unique de faire avancer d'importantes réformes

Aussi nous nous désolons bien de voir que le premier réflexe de nombre d’élus sortants de l’opposition, c’est-à-dire de législateurs de la nation, soit un réflexe partisan de nombrilisme identitaire. Ils ont en effet, avec cette nouvelle donne politique, une occasion de faire avancer des réformes indispensables et attendues, ou acceptées, par bon nombre de Français qui regardent les choses en face et non en rose.

Comment ces élus ne sentent-ils pas que les électeurs, leurs mandants, même ceux d’entre eux qui ont une orientation politique marquée, attendent d’eux autre chose qu’une sommation du nouveau Président, fraîchement élu et tout auréolé du suffrage universel et de sa jeunesse en politique, de faire la politique de droite et du centre qu’ils appellent de leurs vœux parce qu’ils sont, eux, « de la droite et du centre » ? Le suffrage universel ayant tranché, leurs électeurs s’attendent plutôt à les voir s’interroger sur les parties d’intérêt général du programme présidentiel qu’ils sont prêts à soutenir, indépendamment de leur position dans l’hémicycle, et comment ils pourraient ainsi contribuer à faire avancer un pays trop longtemps cantonné dans la phraséologie du « changement ».

Les citoyens n’élisent pas des représentants pour assister à une partie de catch permanente, comme les députés en donnent trop souvent le pitoyable spectacle lors des séances publiques télévisées. Face à une chance de renouveau tant souhaitée et depuis si longtemps, évitez si possible Mesdames et Messieurs les élus et les candidats, dans votre intérêt d’ailleurs car le vote est souverain, les tristes tropismes qui nous ont condamné au surplace !


Bernard Cherlonneix

Bernard Cherlonneix est Président de l’Institut pour le Renouveau Démocratique.