Envol Vert confirme ses liens avec Carrefour mais réfute tout financement direct



Épinglée par ses liens avec le groupe Carrefour, l’association de lutte contre la déforestation, Envol Vert, a tenu à réagir. Face à l’ampleur de la polémique, l’association a précisé que son “indépendance financière vis-à-vis de quelconque bailleur n’est pas à remettre en cause” tout en reconnaissant que deux de ses membres ont eu des liens passés avec l’enseigne de distribution.

Les liens entre Envol Vert et Carrefour suscitent la polémique

En seulement quelques jours, le cas de l’association Envol Vert, nous a rappelé combien l’existence de liens entre les ONG et les entreprises était matière à polémique. Une polémique qui donne du grain à moudre à ceux qui considèrent que les ONG sont devenues un garde-fou de la réputation d’acteurs privés, et ce, bien loin de leur rôle traditionnel de contre-pouvoir.

Après plusieurs critiques, la semaine dernière, des articles de presse ont continué, cette semaine, à entretenir la controverse autour de l’association. En cause : Envol Vert entretiendrait des liens avec le groupe Carrefour alors qu’elle n’hésite pas à dénoncer les pratiques néfastes de ses concurrents en Amazonie. Fake news ou faits avérés ? nombreux sont ceux qui se sont posés la question à la connaissance d’une polémique qui associe de nouveau ONG et entreprises.

Des liens en apparence anecdotique qui, en raison d'accusations menées à l’encontre d’un concurrent de Carrefour, ont eu une portée considérable. En effet, dans un objectif de mobilisation citoyenne, l’association n’hésite pas à dénoncer, de façon récurrente, la responsabilité d’entreprises françaises vis à vis de la déforestation. À cet égard, la présence d’anciens salariés du groupe Carrefour dans les sphères dirigeantes d’Envol Vert, et la signature d’un partenariat avec l’enseigne en 2017, dans le cadre d’un projet visant à accroître la transparence des chaînes d’approvisionnement, ont donné des arguments à ceux qui remettent en cause l’indépendance de l’association. Considérant ainsi les campagnes de sensibilisation d’Envol Vert comme téléguidées.

Envol Vert reconnaît des liens avec Carrefour

Via un communiqué sur son site internet, Envol Vert a choisi de répondre à la polémique engendrée par ses liens avec Carrefour. La pluralité des médias mentionnant ces liens ont visiblement poussé l’association à répondre de manière à clarifier la situation et éviter que la polémique ne prenne plus d’ampleur.  

Tout d’abord, l’association s’est défendue de tous liens financiers avec le groupe Carrefour, précisant qu’elle n’a touché “aucun fonds” du groupe présidé par Alexandre Bompard, et qu’aucun partenariat n’a été conclu avec le distributeur. L’occasion pour l’association de jouer la carte de la transparence en donnant la liste de ses mécènes et en apportant des précisions sur ses modalités de financement.

Néanmoins, elle reconnaît les liens de deux de ses membres avec le groupe Carrefour. D’une part, Stéphanie Mathey, trésorière et membre du Conseil d’administration et d’autre part Boris Patentreger, cofondateur d’Envol Vert et consultant en développement durable. La première a été salariée de la Direction RSE du groupe Carrefour, et le second a travaillé pour l’enseigne en tant que consultant sur un projet de cacao en Côte d’Ivoire.

Des actions contre les concurrents de Carrefour

Si l’association a tenu, de façon transparente, à préciser ses liens avec Carrefour, elle a aussi insisté sur les raisons qui l’ont poussé à incriminer son concurrent, l’enseigne Casino pour d'éventuels liens avec des entreprises responsables de la déforestation en Amazonie.

Pour Envol Vert, le statut de premier distributeur au Brésil du groupe Casino est à même de justifier les investigations entreprises par l’association. Plus encore, sa part de chiffre d’affaires réalisée au Brésil, de l’ordre de 47%, est aussi un élément déterminant. L’association précise qu’elle ne se limitera pas au groupe Casino et entend bien mettre en lumière les pratiques d’autres groupes de la distribution au Brésil et en Colombie. L’association se conforme ainsi à cet adage : “le mode d’actions des ONGs est justement de cibler le leader d’un secteur qui en tant qu’acteur dominant a d’autant plus de responsabilité et de poids pour mettre en place la durabilité sur sa chaîne d’approvisionnement.”

À bien des égards, l’enquête à charge contre un concurrent de Carrefour est venue entretenir la polémique. D’autant plus que celui-ci est loin d’être irréprochable en la matière. L’association a d’ailleurs été contrainte de réagir à l’enquête du média d’investigation Disclose qui met en lumière, au sujet de la déforestation, la responsabilité de l’entreprise Minerva, l’un des fournisseurs du groupe Carrefour au Brésil.

En pleine polémique, la réaction d’Envol Vert illustre le caractère plus que sensible des relations entre ONG et entreprises. Des relations qui peuvent aller du mécénat financier classique au partage de compétences via la présence d’anciens salariés d’entreprise. L’exigence de transparence semble donc être la clé pour éviter les polémiques et envisager autrement la collaboration entre les acteurs privés et le monde associatif.