Désertification médicale : le rôle des professionnels de santé doit évoluer

8 %
8% des communes françaises sont en situation de pénurie de
professionnels de santé

Face à la pénurie de médecins et l’accès difficile aux soins dans certaines zones reculées, les professionnels de santé s’organisent pour répondre au mieux aux besoins de la population. Télémédecine, permanence médicale, visites à domicile : la lutte s’organise pour contrer les déserts médicaux.

Difficile de trouver un équilibre avec moins de médecins diplômés chaque année et des départs en retraite plus nombreux. Si on ajoute à cela une disparité de la répartition de ces médecins en France, on arrive à une inégalité profonde d’accès au soin sur le territoire. Selon la DREES (Direction de la Recherche de l’Évaluation et des Statistiques), on parle de faible accessibilité aux soins dès qu’un patient bénéficie de moins de 2,5 visites par an(1). Ainsi, avoir un médecin traitant, obtenir un rendez-vous médical rapidement et accéder à des soins spécialisés dans un délai raisonnable sont autant d’actes qui relèvent du parcours du combattant pour près de 8% de la population française qui peuplent les 9 000 communes dites « sous-denses » .

Publiques ou privées : des initiatives renouvelées dans les déserts médicaux

Pour lutter efficacement contre ce fléau, l’État engage ses actions autour de 4 grands axes :

« le renforcement de l’offre de soins dans les territoires au service des patients ; la mise en œuvre de la révolution numérique ; une meilleure organisation des professions de santé pour assurer une présence soignante pérenne et continue ; une nouvelle méthode qui consiste à faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets et innover dans le cadre d’une responsabilité territoriale ».

Les départements déploient également des stratégies pour attirer de nouveaux médecins regroupés dans des maisons de santé. Locaux neufs, aides à l’installation et frais de secrétariat mutualisés : autant de coups de pouces apportés aux courageux médecins qui renoueraient avec les déserts médicaux…

Quant aux initiatives privées, elles sont encore peu nombreuses mais suscitent la curiosité. À Clermont-l’Hérault, « Le Comptoir médical » a vu le jour grâce à l’acharnement de Martine Azémar, pharmacienne originaire de la région. Grâce à son obstination – et son refus d’accepter la fatalité d’un désert médical –, 2 000 m2 d’espaces de consultations et de soins sont installés depuis 2014 dans un village à 50 kilomètres de Montpellier. Chaque semaine, des médecins spécialistes montpelliérains se succèdent et partagent du matériel médical dernier cri. Avec quelque 150 visites par jour et 21 spécialités médicales proposées, l’installation – qui a nécessité 2 millions d’euros d’investissement et pas un centime d’argent public – rencontre un franc succès et pourrait certainement devenir un modèle à suivre(2).

Applications mobiles et télémédecine : l’innovation au service du patient

En entreprise, à domicile ou dans les pharmacies, la télémédecine est devenu en quelques années un allié incontournable du parcours santé des français. À Sens, dans l’Yonne, le pharmacien Christian Favart expérimente avec succès l’utilisation d’une station de télémédecine dans son officine(3). Reliées à des médecins installés à Paris, cette cabine met en relation patients et praticiens en quelques minutes seulement. Le pharmacien s’investit en amont dans la consultation pour faciliter la téléconsultation : relevé des constantes, interrogatoire du patient, etc. Il joue ainsi un nouveau rôle dans le parcours de soin. Une initiative applaudie par SOS médecin et les urgences de la ville, qui croulent déjà sous l’affluence des patients…

À l’heure où les smartphones circulent entre les mains de 75% des français, ces appareils ultra connectés deviennent eux-aussi les alliés de notre santé. Les applications fleurissent pour détecter quelques pathologies, notamment dans le secteur optique. OdySight(3) en est un exemple parmi d’autres. Ce jeu de puzzle, élaboré par l’institut de la Vision à Paris, propose trois tests médicaux pour tester son acuité visuelle et sa sensibilité aux contrastes, mais également la présence de tâches ou de déformations. Un outil intéressant pour patienter jusqu’à sa prochaine consultation ophtalmologique…

Pénurie de spécialistes : le rôle des professionnels évolue

En France, le délai moyen d’attente pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue est d’environ 87 jours(4). En tant qu’acteurs de santé, les opticiens jouent un rôle prépondérant pour remédier à ce vide médical. Pour répondre à ces enjeux, la coopérative Optic 2000 encourage par exemple ses opticiens à sortir des magasins pour se rendre au plus près des patients les plus isolés. Pour Yves Guénin, secrétaire général d'Optic 2000, il est important d’acter « le renforcement du rôle citoyen des opticiens en tant qu’acteurs de santé. Ces derniers sont désormais en mesure de se charger des renouvellements de lunettes ou lentilles, dans un cadre précisément défini par la loi, et peut en adapter la correction, après examen du patient ». Pour ce faire, la coopérative mise sur la proximité et sur la densité de son maillage territorial. En plus des quelque 1200 magasins répartis en France – soit 80% de la population à moins de 15 minutes d’un magasin du réseau – Optic 2000 propose des visites à domicile pour les personnes les plus isolées et s’est associé avec Otiko pour proposer une permanence de consultations dans les pharmacies des zones les plus démunies de spécialistes. Yves Guénin d’ajouter que « la délégation de tâches entre professionnels de la santé visuelle, qui commence à se mettre en œuvre, est d’ailleurs un axe très intéressant pour lutter contre les difficultés d’accès aux soins visuels ». Une aubaine pour les porteurs de lunettes qui peuvent attendre plus sereinement leur rendez-vous chez l’ophtalmologue !

Sources :

(1) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dd17.pdf

(2) https://www.francetvinfo.fr/sante/deserts-medicaux/clermont-l-herault-un-centre-medical-pour-attirer-des-specialistes_3251123.html

(3) https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/esante/cest-comme-un-petit-cabinet-de-medecin-un-pharmacien-raconte-la-telemedecine-dans-son-officine

(4)https://www.odysight.app/blanche/?gclid=EAIaIQobChMI8pOXwJed4wIVxoTVCh3aXAKMEAAYASAAEgI17PD_BwE

(5) https://ophtalmologie-express.fr/temps-rendez-vous-ophtalmologue/


Philippe Legrand


Chargé d’études, Services Santé et aménagement du territoire pour les Collectivités territoriales d’Ile-de-France