De Rugy et la pénurie de homards



Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Le mois de juillet entame sa seconde moitié, et prochainement, je vous laisserai quelques temps pour aller parcourir le monde tant que cela est encore possible et vous pourrez enfin bronzer en paix sans sombres histoires d’effondrement et autre « collapsologie ».

Aujourd’hui, je voulais vous proposer cette vidéo où l’on voit notre mangeur national de homards parler effondrement, perspectives et action politique.

D’un côté un gus issu d’une association qui milite pour le maintien et le transfert de savoir-faire comme étant l’une des solutions pour se préparer à l’effondrement à venir et de l’autre côté un ministre mangeur de homards.

D’un côté une assemblée de citoyens qui a une conscience aiguë des difficultés à venir, de la nécessité de s’organiser et de se réorganiser et de l’autre un ministre buveur de grands crus.

D’un côté un constat froid et lucide des multiples crises et problématiques qui rentrent en résonance les unes avec les autres pour former la crise de tout et de l’autre côté, entre deux gueuletons luxueux un ministre qui ne veut pas que le monde ancien ne finisse.

Un homme qui veut « un monde meilleur », qui a « vu la crise financière 2008 » et qui ne parlera pas de « décroissance », qui ne veut pas moins de croissance et qui continue à croire que le moteur de l’humanité c’est un monde meilleur..

Nous pourrions rajouter, un monde meilleur où tout le monde il serait beau, gentil et aimable, un monde peuplé de homards et de château Yquem pour tous, voilà un monde meilleur qui aurait la gueule d’un gueuleton géant…

La vacuité du discours politique

Il y a deux choses utiles à garder en mémoire à propos de cette intervention de de Rugy. La première c’est qu’il ne conteste aucun des constats dressés. Aucun. « On est tous conscient que les risques que vous avez évoqués sont réels »… La seconde, c’est la vacuité de la réponse politique. Rien. Le néant est total.

Pourquoi ? Parce que le temps politique, la complexité de la société, les interconnections de la mondialisation, l’architecture même de notre système économique, notre besoin de croissance et la manière dont nous la menons depuis presque un siècle, tout ceci rend totalement impossible toute politique nationale, encore plus quand le pouvoir politique n’a, en aucun cas, confiance dans sa population dont il se méfie systématiquement des initiatives.

Que faire ?

Il faut tout simplement cesser de se demander ce que peut l’Etat pour nous, pour paraphraser un président américain, mais se demander ce que nous pouvons faire pour nous-même.

N’attendez pas de l’Etat qu’il vous dise autre chose que le fait que le nuage radioactif s’est arrêté à la frontière et que vous ne risquez rien.

N’attendez pas de l’Etat qu’il sauve vos économies ou votre épargne à la banque.

N’attendez pas de l’Etat qu’il vous nourrisse et s’occupe de vous.

La résilience, la préparation à la prochaine étape d’une crise qui est toujours la même et qui continue son propre développement et sa propre croissance avec sa propre dynamique, consiste à vous émanciper des croyances qui vous font attendre les choses de l’Etat. L’Etat n’est qu’une fiction imaginaire de temps de paix et d’eau douce. Lorsque le tumulte de la tempête se fait entendre, les Etats vacillent, les Etats ne répondent plus comme avant, les Etats aussi s’effondrent, avant même les civilisations.

Pour Kenneth Rogoff, qui a été l’économiste en chef du Fonds monétaire international de 2001 à 2003, « les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine ». Nous n’en sommes qu’à la phase accélération de la bulle de tout. Nous avons encore du temps devant nous. Vous former et investir en vous est certainement l’une des meilleures choses à faire et l’une des dépenses qui se révélera la plus productive dans le monde à venir.

Enfin, je plains notre pauvre ministre, car de vous à moi, en réalité, un ministre comme de Rugy n’a strictement aucune compétence, aucun savoir-faire utile dans un monde sans pétrole et sans homard.

La vie d’après risque de lui sembler bien difficile. Je bois à sa santé, un verre de clairette bio à la main (5.80€ à la foire aux vins).

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Article écrit par Charles Sannat pour Insolentiae


Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.