La gauche se meurt des idées et leaders qu'elle n'a plus



Ça y est les beaux jours sont arrivés ! Le printemps est là depuis deux mois et les terrasses se remplissent au gré de la météo, les gens s’amusent, boivent avec modération (ou pas). Bref 2018 est lancée. Lancée vers quoi ? Car côté politique le spectacle est à la fois morne et intense.

Morne car la recomposition du paysage politique reste nébuleuse. L’implosion voilà un an n’en finit pas. Les espoirs mis dans certains n’en finissent pas d’être déçus… Le président Macron et son premier ministre Philippe sont à la fois populaires et leur politique chagrine près de deux tiers des français.

Intense car l’opposition pourrait se réjouir de n’avoir qu’à se baisser pour ramasser les fruits de cette colère populaire. Et bien non : pour bien se démarquer, ils ne cessent tous de se rigidifier (je préfère à radicaliser, surtout quand il s’agit de politique).

Si certaines têtes ont disparu sur l’échiquier politique, tant à droite qu’à gauche, certaines forces politiques ont été emportées tout autant. Même si le nom existe toujours, ce ne sont pas le rapprochement des radicaux en une seule et même entité comme avant 1972 qui va leur donner du poids, et ce n’est pas la sortie du PS de l’ex ministre Delphine Batho pour le mouvement centriste Génération Ecologie qui devrait changer la donne au centre.

« La gauche la plus bête du monde ! » paraphrasant ainsi Guy Mollet, c’est aujourd’hui cette partie de l’échiquier politique qu’il convient de nommer ainsi. La gauche c’est quoi ? c’est qui ?

Non l’envie ici de partir ni dans une explication historique ni philosophique de ce qu’est ce mouvement de pensée, il est à remarquer sans forcer combien le logiciel de la gauche est à repenser à l’aune d’une société consumériste et faisant la part belle à l’individualisme. Comment conjuguer progrès social et abaissement de la consommation sans frustrer une grande partie de la population pour qui la liberté est justement d’avoir les moyens de consommer ?

Une fois ce constat posé, qui la représente ? Là où la droite nouvelle génération semble s’apprêter sans souci à s’affranchir du gaullisme post seconde guerre mondiale et se tenter la porosité avec l’extrême droite des : Le Pen et Vardon désormais, Jean-Luc Mélenchon, populiste bien connu, semble être le plus apte à l’incarner. Car si le PS existe toujours, le nouvel édile Olivier Faure et ses 45 députés sont aussi audibles que les dialoguistes de « The Artist » sur les bancs de l’assemblée nationale que dans la salle des quatre colonnes !

En outre, la baston existante plus que latente entre gauche de la gauche et extrême gauche sur le front de l’antiracisme est étouffante. Du soi-disant antisionisme à l’antiracisme par discrimination jusqu’à la complaisance avec l’islamisme politique face à l’utilisation de la laïcité comme arme politique et non comme bouclier commun, sur ce point Valls avait raison il existe en France « deux gauches irréconciliables »

Sans compter François Hollande qui fort de son bestseller en librairie (bientôt 100 000 exemplaires) se verrait bien un renouveau politique. Le tout sans oublier de distiller des petites blagues même à caractère homophobe s’il le faut ?! Qu’il garde donc ces apartés pour ses dîners parisiens chez les chroniqueurs de TPMP, mais pas à l’antenne ! Il ne « devrait pas » se permettre ce type de mots, lui qui se définit comme « plus qu’un simple citoyen ».

D’ailleurs à gauche, le rendez-vous du 1er mai est un rituel bien huilé. La « lutte » tant espérée avec force de slogans a cependant été troublée. Le défilé syndical a été récupéré. Monsieur Mélenchon s’est même trompé entre sa droite et sa gauche, mélangeant dans un tweet l’extrême droite et l’extrême gauche. Lui qui n’hésite pas à se proclamer quasi vainqueur en 2017, dont les troupes militantes ne cessent de faire un procès en illégitimité au président Macron, se trouva fort dépourvu lorsque l’abus fut venu. Lui qui proclame qu’« il faut organiser et discipliner des millions de gens », ne cautionne certes pas la violence comme un Poutou des grands soirs, mais l’entretient par des formules chocs et des relais comme celui de Plenel qui n’a pu se retenir de déverser sa bile subjective anti démocratique lors de la grande interview avec le président Macron. Peu importe que les nationalistes et xénophobes homophobes européens se réunissent à Nice, Mélenchon est passé en mode récupération de ce qui est bankable pour la prise de pouvoir. Ses acolytes s’occupent de récupérer le rance de l’extrême gauche, sous couvert d’antiracisme dans les quartiers populaires, lui découvre le merveilleux monde du football professionnel, à Marseille, en étant photographié au stade vélodrome lors d’une rencontre capitale. A quand la posture chiraquienne avec maillot et écharpe ?

D’ailleurs, la récup’ est un style de vie bien mélenchonien : le 6 mai puis le 22 mai furent du même tonneau ! l’écologie communicationnelle fonctionne à plein chez l’insoumis !

Alors Macron est-il le Messi ? Est-il ce fameux sauveur de la France ?  Son positionnement politique est très tendu. 

L’éternel procès en illégitimité, relayé par les non moins éternels thèmes de président hors sol, président des riches et des villes, commence à lasser.

Ici, on lui reproche son attitude avec Donald Trump, là, ses approximations avec la laïcité, quand ce n’est pas la tenue de l’entretien de l’an un d’exercice de la présidence, ce débat plus pugilistique que journalistique : bien sûr, un duo Léa Salamé-Cécile de Menibus n’eut pas fait tache en lieu et place des Bourdin-Plenel. Le président Macron a assumé !

Même attaqué par le désormais ex, François Hollande, qui entre deux séances de dédicaces dans des hypers, se met à philosopher sur ce qui doit être fait (…lui qui a fait quoi ?), le jeune président trace son chemin politique. Les tentatives vaines pour exister des anciens cadors de la politique, de même que certain(e)s nouve(lles)aux qui usent de niches marketing politiques telle que la laïcité ne semble pas l’atteindre. Je souscris pleinement aux déclarations de Malek Boutih dans #ONPC du 19 mai dernier lorsqu’il analyse que le président Macron a été élu pour un mandat économique. Et il sera jugé à l’aune de ces résultats précis !

Mais attention, si le printemps social, tant voulu par les syndicats, partis et associations n’a pas eu lieu, au moment de l’écriture de ces lignes, il ne faut pas oublier que « la nature a horreur du vide ». Ainsi, la gauche « dispersée façon puzzle » en 2017 est entrain de se structurer. Le volet social de la politique présidentiel ne doit pas trop tarder à se révéler sinon, une cristallisation chimiquo-politique s’opèrera. Et même si dans ce camp, faire cohabiter pro et anti Europe, pro palestiniens (parfois plus qu’antisionistes) et vrais antiracistes, sociaux libéraux et pro Maduro, ne va pas être facile, un puzzle est toujours recomposable. De toutes les façons, à ce jour, le cinquantenaire de mai 68 aura été bien tranquille pour le pouvoir…


Philippe Bapt

Philippe BAPT est un communicant. Diplômé de Novancia Business School en management marketing digital et événementiel, il exerce sa passion comme chargé de communication et consultant chargé de projets.

Sa seconde passion la « chose publique » l’amène très tôt dans le champ associatif : social, culturel et sportif. Puis il sera élu local d’une commune de la première couronne de la ville rose de 2008 à 2014. Président de club de rugby, puis d’un groupement d’employeurs et administrateur d’un théâtre-centre culturel, ces différents postes lui confèrent  une expertise dans ces domaines.

Retiré du strict jeu politique, il n’en demeure pas moins attentif à l’évolution de l’actualité et devient éditorialiste dans divers médias locaux et régionaux, dès la rentrée 2014. Ses sujets de prédilection : le « jeu » politique, les répercussions économiques et sociales, la recomposition du paysage politique français.