L'étrange coordination des fonds américains contre Casino

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Pas moins de 18 fonds spéculatifs anglo-saxons ciblent Casino

Le groupe Casino est victime d’attaques répétées de fonds activistes qui spéculent à la baisse sur l’action du groupe en utilisant la vente « à découvert » et en profitant de rapports négatifs publiés sur l’entreprise. L’étrange phénomène s’est produit quatre fois au cours des trois derniers mois, impliquant pas moins de 18 fonds spéculatifs anglo-saxons. 

Le 25 octobre dernier, le groupe Casino a annoncé avoir déposé une plainte contre X pour « manipulation de cours, diffusion d’informations fausses ou trompeuses et délit d’initiés ». « Rallye et Casino subissent, depuis plusieurs mois, de violentes attaques et des campagnes de désinformation orchestrées notamment par des fonds spéculatifs dans le but de faire chuter artificiellement la valeur de leurs titres et de déstabiliser les entreprises, leurs salariés et actionnaires », indique le communiqué. La virulence de cette charge contre le monde de la finance est inhabituelle, mais l’ampleur de l’opération l’est tout autant.

Un phénomène « étrange » et « anormal »

Au cours des derniers mois, 18 fonds spéculatifs ont ainsi amassé 18,5 % du capital du groupe Casino, selon IHS Markit cité par le magazine économique Challenges, soit 700 millions d’euros d’actions, afin de spéculer à la baisse sur le titre de Casino en utilisant la vente « à découvert ». Cette stratégie spéculative du « short-selling » consiste à emprunter un titre auprès d’un investisseur ou d’un courtier, puis à le vendre, pour le racheter plus tard à un prix inférieur. Il s’agit de profiter de la baisse du cours que l’on aura contribué à provoquer, en empochant au passage une confortable plus-value. Plus le cours de Bourse de l’entreprise attaquée recule, plus ces fonds s’enrichissent. Casino fait les frais de cette pratique depuis fin 2015 lorsque le fonds activiste américain Muddy Waters a publié un rapport au vitriol – au demeurant largement contesté - sur la dette et le supposé manque de transparence du groupe, entraînant une dégringolade du cours de l’action, ce dont a d’ailleurs largement profité l’initiateur de cette opération de spéculation.

Mais cette fois-ci, l’attaque est plus massive et semble coordonnée, puisqu’elle mobilise la bagatelle de 18 fonds spéculatifs. La direction de Casino dit ainsi avoir identifié un « phénomène étrange », selon lequel le nombre d’actions Casino prêtées augmente de manière spectaculaire à certains moments précis, systématiquement quelques jours avant la publication d’une note négative d’un analyste (comme celle de Bernstein, de Crédit Suisse, de Barclays ou plus récemment de Goldman Sachs). Ce rapport défavorable entraîne immédiatement une chute de l’action, dont profite immédiatement un groupe de hedge funds ayant juste auparavant « shorté » le titre.

« Nous avons 18 hedge funds qui nous « shortent », ce qui fait que notre action est probablement la plus « shortée » d’Europe », a déclaré le patron de Casino dans un entretien accordé au Financial Times, le 3 octobre dernier. Celui-ci ne peut également s’empêcher de noter que certains de ces fonds n’ont que six mois d’existence, que l’un d’entre eux n’a que cinq employés, que d’autres n’ont que l’action Casino comme position de vente à découvert... « C’est donc assez inhabituel. Ils le font à leurs risques et périls… Cela soulève des questions », poursuit-t-il. Selon lui, ce schéma « anormal » s’est reproduit au moins quatre fois au cours des trois derniers mois. Cet « étrange procédé », qui conduit tous ces fonds à acquérir des titres Casino quelques jours avant la publication du rapport négatif d’un analyste, interroge donc la direction du groupe qui, en déposant une plainte contre X, est bien décidé à éclaircir cette affaire.

Accélérer le désendettement du groupe

Pour faire face à l’ampleur des attaques répétées de ces raiders de la finance, mais aussi pour regagner la confiance des investisseurs, le distributeur s’efforce d’accélérer son désendettement. Casino a ainsi annoncé en juin 2018 son intention de céder 1,5 milliard d’euros d’actifs non stratégiques sur deux ans, notamment des biens immobiliers. Selon la direction du groupe Casino, la moitié de cet objectif est déjà atteint.

Casino a ainsi annoncé en juillet la cession de 15 % du capital de sa société foncière de centres commerciaux Mericalys (jusqu’alors détenue à 40 %), pour 213 millions d’euros. Le groupe a également signé une promesse de vente pour céder les murs de 55 magasins Monoprix à un investisseur institutionnel, pour un produit net de 565 millions d’euros. Selon Capital, d’autres actifs non stratégiques, comme les cafétérias Casino et Vindemia (distributeur dans l’océan Indien), pourraient aussi être cédés. Mais il n’est pas question pour autant de « vendre les bijoux de famille » et de céder par exemple Monoprix, l’enseigne premium et la plus rentable du groupe.

Le 16 septembre dernier, Rallye, le holding de contrôle de Casino, a par ailleurs annoncé avoir signé une nouvelle ligne de crédit de 500 millions d’euros (à échéance juin 2020) auprès de cinq de ses banques de référence (BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Crédit Industriel et Commercial, HSBC et Natixis. L’occasion pour la direction de Casino de réaffirmer « sa confiance dans les fondamentaux et les perspectives du groupe ».

Après avoir chuté d’environ 50 % au cours des huit premiers mois de 2018, l’action a déjà regagné plus de 40 % par rapport à son plus bas du 31 août 2018. Preuve que la stratégie de désendettement du groupe commence à porter ses fruits. Pendant ce temps, les organisations patronales et les autorités commencent tout juste à prendre la mesure de l’ampleur d’un phénomène qui, s’il n’est pas rapidement régulé, pourrait bien causer la ruine de nos fleurons.