Lorsque la réalité dépasse la fiction



La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, au cœur d'une polémique après avoir dénoncé le 14 Février l'islamo-gauchisme, qui, selon ses propos : « gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable », a demandé une enquête puis un état des lieux auprès du CNRS qui devrait permettre d'établir la frontière entre la recherche et l'activisme militant.

Au nom de cet état des lieux sur l'infiltration de l'islamo-gauchisme dans les universités, des chercheurs réclament aujourd'hui sa démission…

Au début des années 2000, alors que la deuxième Intifada éclatait, le philosophe Pierre-André Taguieff s'est attelé à conceptualiser ce qu'est « l'islamo-gauchisme ». Il fut, en France, le premier à voir se profiler ce néologisme visant à dénoncer une alliance ou une convergence entre une partie de la gauche et de l'extrême-gauche, censée être progressiste, avec la mouvance islamiste réactionnaire.

Le dossier de la collaboration entre l'extrême-gauche et l'islamisme est très consistant. Un livre n'y suffirait pas tant il y a eu des rapprochements, des passerelles lorsqu'il s'agissait de s'unir contre leurs ennemis libéraux, alter religieux et occidentaux.

De la mollahcratie irannienne homologuée par les suffrages du Tudeh*(1) jusqu'au clientélisme électoral français contemporain, l'islamo-gauchisme a traversé les frontières et se ramifie telle une tentacule idéologique.

Bon nombre de français s'accordent à constater cette alliance structurelle entre le fait politique et le fait religieux dans certaines villes notamment. On a, pour exemple, aux dernières élections municipales un petit inventaire illustratif…*(2)

A Denain (Nord), la candidate socialiste Anne-Lise Dufour-Tonini ( PS), dont les connivences sont connues avec la famille de Hassan Iquioussen, une des têtes d'affiche des Frères musulmans en France a été réélue dès le premier tour, avec 57 % des voix (soit 3 214 voix). Dans cette ville de 20 000 habitants, seuls 11 545 habitants sont inscrits sur les listes électorales. Il aura donc suffi que 16 % des habitants se déplacent pour que l'édile soit réélue.

A Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), dans cette ville régulièrement citée en exemple de « frérisme municipal », le maire Jean-François Asensi (ex- PCF) a été réélu dès le premier tour avec 75 % des voix (soit 4 728 voix). Dans cette ville de 36 000 habitants, seuls 20 780 habitants sont inscrits sur les listes électorales. Il aura donc suffi que 13 % des habitants se déplacent pour que l'édile soit réélu. « Quand il y a eu l'attentat de Christchurch, le maire de Tremblay-en-France a mis les drapeaux en berne, fait hisser le drapeau palestinien et rédigé un communiqué de solidarité », qui rappelle que de nombreux élus n'hésitent pas à soutenir la cause palestinienne à des fins purement clientélistes.

À Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), l'actuel maire Philippe Bouyssou (PCF) est arrivé très largement en tête avec 48,65 % des voix (soit 5 570 voix), échappant de 153 voix à une réélection dès le premier tour. Dans cette ville de 62 000 habitants , seuls 28 888 habitants sont inscrits sur les listes électorales. Les 9 % d'habitants qui se sont déplacés le jour de l'élection n'auront pas suffi à le faire réélire au premier tour. À noter que le maire-candidat, qui fait figurer en troisième position de sa liste un militant décolonial notoirement antirépublicain, a organisé la fusion de listes de gauche pour le second tour. Il a conditionné le ralliement de militants de La France insoumise à l'exclusion sans appel de Mourad Tagzout, candidat LFI et suppléant de la députée Mathilde Panot, connu pour ses positions laïques et républicaines.

Mais qui sont ses partisans ?

Ce sont souvent des entrepreneurs identitaires qui mobilisent leur part de marché électoral, des fabricants de l'entre-soi collaborationniste à travers nos radios, plateaux TV et réseaux sociaux ainsi que tout participants à la volonté compassionnelle qui voudrait que l'ouvrier d'hier est la femme voilée d'aujourd'hui. Leurs stars : Rokhaya Diallo, Edwy Plenel, Pascal Boniface, Esther Benbassa, Clémentine Autain, Danielle Obono et bien d'autres…

Alors, oui, l'islamo-gauchisme est un existant social et politique y compris dans les universités.

Au détour de l'UNEF, on assiste depuis de nombreuses années, à une mue idéologique dont certains de ses partisans se font les idiots utiles du « libéral-communautarisme ». De la marche contre l'islamophobie, à l'égérie voilée (Maryam Pougetoux) en passant par l'interdiction de la lecture de la lettre de Charb contre l'islamophobie, la multiplication des réunions non mixtes « racisées » et salles de prières, l'islamo-gauchisme s'y est installé et conforté tout autant que dans la société française.

C'est la raison pour laquelle et, à juste titre, Frédérique Vidal s'interroge, outre sa désignation réelle et politique, sur l'ampleur de ce particularisme sociétal, à l'instar de la pénétration des identitarismes et particularismes (indigénistes, décoloniaux, racialistes, néo-féministes, privilège blanc, théoriciens du genre…) telle une lame de fond fulgurante dans le panel universitaire. Il suffit de constater la multiplicité des thèses en sciences sociales concernant ces « concepts » ou « champs de recherche » mobilisant ces paradigmes.

Comment l'expliquer ?

La « push science » et le « publish or perish », ou évaluation quantitative de la recherche, produit un travail, qui, sous couvert de théorisation cachent en réalité un activisme militant tel que « l'intersectionnalité », « la blanchité », « la culture du viol », « le racisme systémique » ou « les fat studies ».

Même s'il n'existe pas de scientificité de l'islamo-gauchisme en tant que champ de recherche académique, on remarque que les mêmes qui conceptualisent et légitiment l'arsenal cité ci-dessus, refusent aujourd'hui l'examen de la théorisation de l'islamo-gauchisme, s'autorisant ainsi à créer de la norme et de la censure au nom de cette dérive sociétale !

Et cette malhonnêteté intellectuelle se garde de défendre ces idéologies divisionnistes américanisées dans une doxa univoque et hétéronome tout en se réclamant de la contestation intellectuelle à l'égard de la question de l'entrisme fondamentaliste.

Certes, l'islamo-gauchisme n'est pas une réalité universitaire en terme de « production de contenu scientifique » mais on peut s'étonner de la réaction du CNRS qui s'est vu confier la requête de la ministre. En effet, par un communiqué du 17 Février, sa direction s'est attelée à condamner l'emploi du terme « islamo-gauchisme » au nom de la défense de la « liberté académique » ! Que cela veut-il dire ? L'islamo-gauchisme est-il donc une insulte islamophobe et une atteinte à la liberté académique ? A qui appartient-il le droit de trancher ? A l'instar de cette prise de décision, il nous reste dans ces moments, le droit de retenir cet affligeant parti-pris idéologique, censeur de nos libertés et contradictoire à notre universalisme.

Ces approches identitaristes d'études universitaires incitent à la perte de distance entre le soi et l'universalisme républicain.

Mettre au dessus de toutes ces contingences idéologiques, l'universalisme républicain à travers son unicité et son indivisibilité vous consigne du côté des infâmants, des xénophobes, des racistes et des islamophobes.

Ces désaccords idéologiques provoquent ainsi ce biais de validation entre la liberté et la censure.

La pratique sociale de l'islamo-gauchisme existe bel et bien, et oui, Madame la ministre, la réflexion doit être précédée de l'action.

N'en déplaise à certains qui s'arrogent le droit de désigner le bon ou le mauvais élève.

1) Créé en 1941, le Tudeh fut l'un des plus importants partis communistes du Moyen-Orient. Doté d'une grande influence dans les milieux intellectuels et ouvriers, allié de circonstance avec les islamistes au moment de la Révolution Irannienne de 1979, il fut à l'origine des premières manifestations qui firent tomber le Chah, avant d'être progressivement évincé par la nouvelle théocratie et complètement anéanti en 1983. 2) Le Point 25 Juin 2020,

Sabrina Medjebeur

Ecrivaine et cheffe d’entreprise. Elle est directrice de l'école française supérieure de conseil en image (EFSCI) qui forme des coach en image et développement professionnel. Citoyenne engagée, universaliste et républicaine, elle intervient à travers plusieurs médias sur la question de l’intégration culturelle.