Pourtant l'Italie se portait mieux...

12 %
L'Italie pèse pour 12 % du PIB de l'Union européenne.

Après les dures épreuves électorales françaises et allemandes permettant aux deux grandes puissances européennes d’éviter des gouvernements populistes, le mois de mars 2018 a aussi été l’objet d’inquiétudes en Europe avec les élections législatives en Italie. Finalement, à l’issue du vote des italiens, on a assisté à une percée historique des forces anti-sytème, eurosceptiques et d'extrême droite, majoritaires en voix et en sièges.

Aujourd’hui le pays connait un taux de chômage qui culmine à plus de 11 % et le taux de pauvreté ne cesse d’augmenter. Taux de chômage et euroscepticisme au pouvoir : une poudrière idéale pour faire trembler l’Europe alors que l’Italie pourtant était en situation de convalescence à pronostic très favorable. Les enjeux économiques en Italie sont aujourd’hui importants. De 2008 à 2013, la situation économique et financière de l’Italie (recul de l’activité, crise de balance des paiements, crise de la dette souveraine, des banques, crise de l’industrie) a contribué à aggraver la crise de la zone euro et malgré de réels progrès depuis 2013 les investisseurs continuent de s’inquiéter.

Les inquiétudes

Au-delà du taux de chômage, la principale inquiétude sur l’Italie porte sur la solvabilité budgétaire qui reste fragile. Les perspectives de croissance à long terme s’améliorent que très peu, les compétences de la population active et des jeunes (en partie à cause du système éducatif) restent faibles ainsi que la compétitivité coût. La dette publique elle, représente près de 10% de l’actif global des banques italiennes. On a donc une crise latente du système bancaire qui pourrait pénaliser le système bancaire européen et augmenter les spreads d’intérêt.

Les progrès de l’Italie

L’Italie a réalisé pourtant un nombre important de progrès et il faut espérer que ces élections législatives ne vont pas assombrir davantage le tableau. Tout d’abord les capacités de production progressent ainsi que la robotisation de l’économie, les investissements donc repartent. Même en partant de loin, au final la solvabilité budgétaire du pays s’améliore et la croissance repart également. Même si le crédit a du mal à repartir (ce qui en soit n’est pas forcément une mauvaise nouvelle en période de reprise de la croissance), les conditions de crédit restent extrêmement favorables.

Aujourd’hui l’Italie est la 4ème puissance de l’Union européenne et représente 12% de l’économie européenne en matière de PIB. Sa balance commerciale est régulièrement excédentaire, 51 milliards d’euros en 2016 et les perspectives en la matière sont très favorables. Les investissements stimulent les capacités de production de l’industrie et de l’emploi. Grâce aux politiques du gouvernement Gentiloni conjointement à celles de la BCE, les résultats commencent donc à porter leurs fruits.  Les investisseurs ont recommencé à prendre goût au risque ce qui a permis au FTSEMIB de s’apprécier de 40% sur la période 2012-2017. Les flux de capitaux en actions vers les grandes capitalisations européennes depuis le début de l’année s’élèvent à 14 milliards. Par ailleurs le secteur financier représente à lui seul près de 40% de l’indice (attention au risque latent).

Les risques avec une Italie Eurosceptique

Le mouvement 5 étoiles et la « Lega Nord » sont connus pour leur rejet de l’Europe jugée responsable des inégalités. Le risque est donc un renforcement des politiques migratoires, un contrôle des frontières et un risque de voir l’euro se fragiliser, dans un contexte d’ailleurs d’appréciation depuis fin 2016. Dans ce cadre, le rendement des obligations italiennes pourrait à leur tour exploser, dû au risque de voir la BCE se retirer du marché car il faut ajouter aussi les montants des non performing loans (360 milliards d’euros de créances douteuses). Cet eco-système laisse planer un risque latent important pour la bourse italienne et pour les marchés actions européennes.

Avec la contribution de Marc Elongnam, Consultant Harwell Management


Pascal de Lima

Economiste-knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.

Après 14 années dans les milieux du conseil en management secteur banque et finance (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate, il applique les précepts Structures-Comportements-Performances et ceux de John Rawls au monde du conseil en management. Il intervient régulièrement dans les médias français mais aussi internationaux.