La prochaine guerre mondiale est proche



« Aujourd’hui, le monde ressemble de façon inquiétante à ce qu’il était avant la Première Guerre mondiale. » 

Voilà un gros titre alarmiste que l’on pouvait lire dans l’un des derniers numéros du Washington Post. Mais est-ce vrai ? Le monde est-il sur le point de connaître une guerre ? Dans ce cas où se déclencherait-elle ? Endossons donc notre armure… chevauchons notre monture… et préparons nous à affronter ces questions… La Grande Guerre — rebaptisée Première Guerre mondiale lorsqu’elle eut plus tard une suite — a stoppé net ce que d’aucuns considèrent comme la première ère de la mondialisation. Selon le Post :

« De la seconde moitié du XIXème siècle à 1914, les avancées techniques – les paquebots, le télégraphe, le téléphone et les canaux de Suez et de Panama – ont réduit fortement les distances et ont accru les capacités de communications. Ce fut une période de mondialisation rapide. »

Mais cette première ère de mondialisation eut ses détracteurs, tout comme celle d’aujourd’hui a les siens. En août 1914, il était clair que les Allemands n’étaient pas réellement citoyens du monde mais citoyens d’Allemagne… les Français citoyens de France… et les Anglais citoyens d’Angleterre. Josh Feinman, chef économiste chez Deutsche Asset Management, a récemment publié un rapport intitulé Réactions anti-mondialisation : du déjà vu ? En voici un extrait :

« La première grande vague de mondialisation, dans le demi-siècle qui a précédé la Première Guerre mondiale, a déclenché des réactions populistes. Elle a fini par s’effondrer avec les cataclysmes de 1914–1945. » 

L’histoire semble avancer par cycles. Pas parfaitement — on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve disait Héraclite — mais assez pour esquisser des parallèles significatifs. Toujours selon Feinman :

« La mondialisation moderne est stimulée par quasiment les mêmes forces qui ont alimenté la période précédant la Première Guerre mondiale : nouvelles technologies, libéralisation des échanges, système économique mondial basé sur des règles et soutenu par le pouvoir dominant de l’époque, et une période de paix généralisée dans les plus grands pays. »

Mais cette seconde ère de mondialisation touche-t-elle à sa fin ? La Seconde Guerre mondiale fut la dernière grande bataille mondiale — il y a plus de 70 ans. La mondialisation qui a suivi — une expansion massive du commerce international, l’intégration économique, le développement des moyens de communications — semble être à présent une caractéristique permanente de la vie internationale. Mais avant août 1914, ces mêmes forces mondialistes semblaient être des caractéristiques permanentes de la vie internationale. A la veille de la Première Guerre mondiale, un des plus grands experts de l’époque avait même affirmé que, du fait d’une telle interdépendance économique extensive, « il n’y aura plus jamais de guerre entre puissances européennes. »

Cette fois c’est différent, pensez-vous. Bien sûr ça l’est. Ca l’est toujours… Comme en 1914, on constate un repli rapide des forces du mondialisme. Le peuple britannique a voté pour sortir de l’UE. Le peuple américain a voté pour Donald J. Trump à la Maison Blanche. Des mouvements nationalistes, anti-mondialisation, se renforcent en France, en Italie, ici, là-bas, partout. Beaucoup d’Européens affirment encore une fois qu’ils ne sont pas citoyens du monde ni même citoyens d’Europe — mais Français, Anglais, Italiens… Allemands. Peut-être le nationalisme n’est-il pas aussi mort que l’affirment les mondialistes. Cela signifie-t-il que la Troisième Guerre mondiale éclatera demain ?

Non. Mais la Première Guerre mondiale a commencé par accident, lorsqu’un jour un illuminé a assassiné un couple royal à Sarajevo. Des ultimatums ont été émis, des remparts se sont dressés, les armées ont été mobilisées. Puis on apprit que l’Allemagne marchait sur la Belgique. Quatre ans et plus de 17 millions de morts plus tard, cette guerre qui devait être la dernière de toutes les guerres (« la der des ders ») céda la place à une paix qui serait la dernière de toutes les paix. C’est ainsi que Georges Clemenceau qualifia le désastreux Traité de Versailles qui conduisit à la Seconde Guerre mondiale. Rares étaient ceux qui voulaient la guerre en 1914. Mais ils n’eurent pas le choix.

Qui pourrait affirmer qu’un accident aujourd’hui ne pourrait pas déclencher un autre conflit à l’échelle mondiale ? La Russie est à nouveau devenue la bête noire. Les Etats-Unis viennent de déployer 4 000 soldats en Pologne, tout près de la frontière russe. Les troupes américaines stationnant dans les Pays Baltes sont à portée de fusil de Saint-Pétersbourg. Peut-être quelqu’un aura-t-il la gâchette facile et abattra-t-il un avion russe par erreur. La Russie répondra-t-elle ? Comment ? Et les Etats-Unis répondront-ils à cette réponse ?

Il n’est pas difficile d’imaginer une succession d’événements qui entraînent tout dans une spirale infernale. Personne ne veut cligner des yeux en premier. Il semble que les tensions au large de la mer de Chine augmentent jour après jour. Les litiges territoriaux entre la Chine et ses voisins, y compris les pays alliés par traités aux Etats-Unis, peuvent potentiellement résulter en un incident de tir qui mettrait Oncle Sam face à un véritable dilemme : venir en aide à un allié ou reculer et perdre toute crédibilité dans le monde. Que se passerait-il si les forces américaines ou chinoises faisaient un faux pas elles-mêmes ? Comment Trump réagirait-il ? Et le président chinois ?

Comme l’a dit H.L. Mencken, la guerre c’est comme l’amour ; facile à commencer mais très difficile à arrêter. Ce fut la grande leçon de la Première Guerre mondiale. Nous ne pouvons qu’espérer qu’il s’agisse d’une leçon qu’il ne sera pas nécessaire de répéter… Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit


Brian Maher

Brian Maher est le directeur de la rédaction du Daily Reckoning. Il a consacré sa carrière à couvrir l’économie, la politique et les affaires sociales en tant qu’investigateur indépendant, notamment pour Asian Times. Il est titulaire d’un mastère Defense & Strategic Studies.