Contre le pouvoir, la violence comme ultime recours ?



Ce week end une femme député Laurianne Rossi a reçu un coup de poing alors qu’elle « tractait » sur un marché de Bagneux. La classe politique toute entière s’en est émue comme elle avait été émue par l’agression dont fut victime NKM.

J’aimerai dans ce blog aborder ce sujet sous un angle un peu différent que celui de l’émotion, légitime bien sur, mais pas suffisante. L’ensemble des médias ayant relayé cette affaire toujours sous le même angle « la violence est inacceptable » «  surtout en vers une femme »  la politique ne doit pas conduire à de tels excès »

Bien sur je suis globalement d’accord avec toutes ces réactions émotionnelles, mettant quand même un bémol sur le fait que ce soit une femme. La violence physique est inacceptable que ce soit vers une femme ou un homme, pas de différence notable.

Par contre j’aimerai  ici aborder le sujet de fond qui est « pourquoi ce déchainement de violence ? Je trouve un peu facile de rester en surface et de ne faire que des analyses émotionnelles. Qu’en est-il de cette évolution vers la violence physique, en particulier sur les marchés ? Cette violence est-elle nouvelle ou bien est elle toujours présente dans les débats politiques ?

Je crois que ce sujet mérite une analyse de fond, quitte à en choquer certains qui ne veulent rester que sur le visible, sans jamais analyser les causes de ces actions. Je citerai tout d’abord différents débats télévisés, effectivement assez anciens, où nous avions vu des journalistes faire le cou de poing avec des débatteurs qui ne leur plaisaient pas (Jean Edern Hallier et François Chalais) ou des débats avec gants de boxe Tapie contre Le pen. Tout ceci dans un grand cirque médiatique organisé qui, on peut le dire servait d’exutoire.

Je n’ai pas peur de le dire : Retirer tout ce qui dépasse d’une tête à la télévision, expurger tout débat pour le rendre stérile engendre la violence ailleurs. Il n’est qu’à voir certain déchainements sur les réseaux sociaux.

Ce qui se passe aujourd’hui est certainement le résultat de nombreuses années où la pensée unique et obligatoire s’est installée. Des années ou même les comiques ont été interdits d’antenne pour des propos jugés « non conforme » Même Coluche s‘il vivait aujourd’hui ne pourrait plus paraître a l’antenne (il en est peut être même mort !)

Nous sommes obligés de constater (je ne suis pas le seul mais rares sont les analystes qui acceptent de prendre ce chemin de réflexion) A force de museler tout le monde, a force d’interdire tout et son contraire, à force de contraindre l’ensemble des Français au silence on ne peut que générer de la violence physique. Jules César l’avait très bien compris avec son « panen and circences » (du pain et des jeux) La violence rentrée et refoulée en continu ne peut qu’exploser si tout est interdit. On a même lu qu’un chanteuse voulait faire interdire « les dix petits nègres » car le titre était raciste, on croit rêver.

Aujourd’hui nous sommes arrivés au point que je considère de « non retour » nous avons vécu les années Sarkozy, puis les années Hollande ou les interdits de la pensée se sont multipliés, enfin nous sommes dans les années Macron avec cette dictature de la pensée qui prend toute son ampleur. Même les députés n’ont plus le droit de penser, tout ceci me paraît très grave.

Loin de moi ici de dire si la politique de Macron est meilleure ou pire que celle de Hollande, ce n’est pas le sujet. Je ne souhaite pas engager de polémique, je ne veux que pointer ces choses qui me paraissent graves. Le peuple Français qui a assez peu voté pour Macron, et encore moins pour ses députés se sent prisonnier d’une situation.  Lorsqu’il y a une opposition forte, les Français s’y projettent. Ils croient en quelque chose même si cette chose n’arrive pas. En un  mot ils continuent à avoir de l’espoir.

Aujourd’hui plus aucune opposition, on a même vu pour le vote de la loi sur la moralité aucune voix s’élever contre. Face a cette situation les Français se sentent impuissant et n’ont plus aucun espoir, un peu comme un prisonnier qui n’a aucune issue a sa peine. Le résultat de cette « dictature politique » c’est la frustration permanente avec  à la clef, pour ceux qui sont un peu plus faibles ou moins équilibrés, la violence physique comme seule réponse.

Je suis inquiet de cette situation, ce n’est pas la député de Bagneux qui est en cause, elle ne faisait que distribuer des tracts, même si cela peut poser question,  cette distribution de tracts en dehors de toute période électorale. On peut même se poser la question de savoir si le maire avait donné son accord pour ce  tractage politique en dehors de campagne électorale. N’oublions pas que nous venons de passer de nombreux mois en campagne et beaucoup de Français se sentent agressés par ces tractages et même plus lorsqu’ils font leur marché.

 Cette inquiétude je la partage avec beaucoup de confrères journalistes qui pensent, comme moi, que cela ne peut que se développer et dégénérer à la rentrée surtout si certains apprentis sorciers soufflent sur les braises.


Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.