Le Partenariat oriental, point fort de la diplomatie de l'UE

Le partenariat oriental : stabiliser les marches de l'Union Européenne

Consciente du durcissement global des relations internationales, la diplomatie de l’Union européenne cherche à mettre son capital diplomatique au service de la stabilisation d’un monde oscillant entre multipolarité et résurgence des blocs. Les récentes résolutions du Parlement européen montre un effort manifeste dédié à l’environnement immédiat de l’Union, et en particulier à son flanc oriental de l’Union. Explications.

À Bruxelles comme à Strasbourg, les penseurs de la diplomatie européenne semblent être obnubilés par les marches orientales de l’UE. Dans leurs dossiers, le thème du Partenariat oriental (PO) se décline entre économie, justice sociale, environnement et renforcement des institutions. Mais sur le plan territorial, plusieurs régions séparatistes demeurent des facteurs d’instabilité et d’incertitude pour la région, principalement dans le Caucase.

Diplomatie : les craintes de l’Union européenne

En janvier dernier, le Parlement européen a écrit noir sur blanc son souhait de cimenter « la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune ». Les institutions de Strasbourg ont ainsi rappelé que « le multilatéralisme est le seul gage de paix, de sécurité et de développement durable et solidaire dans un environnement international fortement polarisé », que « l’environnement sécuritaire européen – qui dépend de la paix et de la stabilité dans son voisinage –, est plus volatil, imprévisible, complexe et vulnérable face aux pressions extérieures – qui s’exercent déjà sous la forme d’une guerre hybride, y compris en ce qui concerne la propagande hostile émanant de la Russie et d’autres acteurs, ainsi que la montée des menaces de groupes terroristes radicaux, qui empêchent l’UE d’exercer sa souveraineté et son autonomie stratégique ». Mais dans ce rapport annuel, le Parlement n’a pas caché non plus son inquiétude, pointant explicitement plusieurs facteurs de déstabilisation croissante des relations internationales.

Le monde a besoin de l’Europe à l’heure, par exemple, où les Etats-Unis de l’Administration Trump sont en train de se désengager de nombreux traités internationaux (climat, OMS…), ou de faire cavalier seul, l’actuel locataire de la Maison-Blanche étant un farouche partisan du bilatéralisme. « Le partenariat transatlantique traverse pour l’heure d’importantes difficultés et turbulences, regrette quant à elle la Commission de Bruxelles. Il n’en reste pas moins indispensable pour la sécurité et la prospérité des deux côtés de l’Atlantique. L’Union européenne exprime ses regrets quant au fait que les Etats-Unis se retirent progressivement de l’ordre mondial multilatéral fondé sur des règles. » Dans ce monde multipolaire en cours de restructuration, l’Europe a donc son mot à dire.

Le Partenariat oriental, pierre angulaire de la stabilité européenne

Géographiquement, l’environnement immédiat de l’Union européenne concerne directement l’est du continent. Dans ce cadre général, le « Partenariat oriental » s’inscrit comme un mécanisme qui vise à renforcer l’association politique et l’intégration économique de six pays d’Europe orientale et du Caucase du Sud. Par ordre alphabétique : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. Pour Bruxelles, ce Partenariat est l’un des axes essentiels de la Politique européenne de voisinage (PEV), faite d’accords multilatéraux et d’accords d’association.

Lancé à Prague en 2009, le Partenariat oriental entame sa deuxième décennie avec de nouveaux défis à relever. Plusieurs dossiers sont mis sur la table : renforcer les institutions des pays concernés, développer les relations commerciales et la mobilité humaine entre les deux zones, et affirmer la sécurité énergétique de l’UE et des pays de l’Est. Durant ses dix premières années d’existence, de nombreux dossiers ont déjà avancé comme le développement de la société civile, l’équilibre hommes-femmes, la facilitation des visas, la lutte contre le réchauffement climatique, pour ne citer qu’eux.

Le 18 mars dernier, la Commission européenne a donc précisé les orientations des dix prochaines années pour un Partenariat oriental actualisé : développer l’économie durable, renforcer l’Etat de droit, promouvoir la transformation numérique et la lutte contre la menace climatique, avec toujours plus de justice sociale. Pour tout cela, l’Union européenne prend systématiquement appui sur le droit international. Dans son rapport 2020, elle s’est en effet engagée à soutenir « la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique (…) de tous les pays du partenariat oriental dans leurs frontières internationalement reconnues, conformément au droit, aux normes et aux principes internationaux ». Ces prises de position illustrent clairement deux principes : la sécurité de l’UE dépend de la stabilité de ses voisins, et les conflits qui peuvent troubler ces derniers doivent être résolus sur la base du droit international et des résolutions adoptées par les organisations ad hoc. Mais ces principes se heurtent aux réalités de terrain dans plusieurs régions.

Transnistrie, Haut-Karabagh, Ossétie : trois points de tension

Azerbaïdjan/Arménie : le Haut Karabagh demeure un casse-tête pour la diplomatie internationale. En mai 2019, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a reçu son homologue azerbaïdjanais Elmar Mammadyarov, pour lui redire l’attachement de l’Union européenne à la sécurité nationale et au processus de règlement du conflit du Haut-Karabagh, entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, soutenue par Moscou. Sur ce dossier, la diplomatie française fait écho à la diplomatie européenne qui a elle aussi réaffirmé, en juin dernier, « son soutien aux efforts des coprésidents du groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour résoudre le conflit au Haut-Karabagh et à leurs principes de base de 2009 afin de parvenir à une solution fondée sur les normes et principes du droit international, la charte des Nations unies et l’acte final d’Helsinki de 1975 de l’OSCE ». Bakou regrette que le territoire reste aujourd’hui occupé militairement par l’Arménie. Entre 600 000 et un million d’Azerbaïdjanais déplacés à cause du conflit vivent aujourd’hui dans leur propre pays comme personnes déplacées, et attendent de rentrer chez eux. Si la communauté internationale a promis de trouver une solution à ce différend territorial, l’annonce de la construction d’une autoroute entre l’Arménie et le Haut-Karabagh occupé vient de raviver la tension. L’Union européenne s’en est d’ailleurs aussitôt alarmée, stigmatisant notamment la « violation du droit international » dont ce projet serait constitutif, dans une déclaration impliquant les rapporteurs des comités de partenariat parlementaire entre l’UE et les pays concernés (Traian Basescu pour l’Arménie et Zeljana Zovko pour l’Azerbaïdjan). Cette déclaration insiste sur le risque que cette construction ancre symboliquement dans les esprits l'occupation illégale du Haut-Karabakh et des districts environnants.

Moldavie : la Transnistrie, région frontalière avec l’Ukraine, sert aujourd’hui de terrain d’affrontement diplomatique entre, d’un côté, l’Europe et les Etats-Unis, et de l’autre la Russie. Pays indépendant mais fragile, la Moldavie voit cette région – qui se considère comme un pays indépendant depuis 1992, sans être reconnu par l’Onu –, vouloir être rattachée à la Russie. Ce « Pays qui n’existe pas », comme l’a titré Le Journal du Dimanche, vit en effet « sous perfusion de Moscou ». Ici, tout rappelle l’ancienne URSS, de la monnaie au drapeau en passant par les contrôles réguliers des services de renseignement. « Nous déconseillons d’y aller sauf raison impérative, prévient le ministère français des Affaires étrangères. La France ne reconnaît pas cette région et n'y dispose d'aucune représentation officielle. Elle n’aura qu’une capacité très limitée à vous apporter assistance et protection. » La Russie aujourd’hui entretient le flou juridique et diplomatique sur le dossier moldave, comme une carte à jouer sur l’échiquier européen.

Géorgie : l’Ossétie du Sud provoque toujours des maux de têtes à la diplomatie géorgienne. Depuis l’éclatement de l’URSS en 1991, cette région sécessionniste est sur la même longueur d’ondes que la Transnistrie : elle souhaite officiellement être rattachée à la Russie. Dans un reportage, RFI inscrit le blocage du dossier ossète à une « politique de non-confrontation avec la Russie » : « Il est question au fond d’empêcher la Géorgie de se rapprocher de l’Otan et de l’Union européenne », explique le journaliste. Une logique qui s’applique à tous les pays de l’ex-bloc de l’Est et que la Russie ne souhaite pas voir s’occidentaliser. « Une fois par mois, les mêmes délégués russes, ossètes, géorgiens et européens se réunissent autour d’une table et discutent de problèmes très concrets tels que la liberté de mouvement », explique la mission de l’Union européenne (EUMM). Mais malheureusement, sur le terrain diplomatique, rien ne bouge encore

Ainsi, quand bien même ces conflits sont aujourd’hui « gelés », il n’en demeure pas moins des pommes de discorde aux abords immédiats de l’Union, dans un contexte global de réchauffement général des tensions géopolitiques. Une telle situation augure d’une poursuite, voire d’une intensification des efforts de l’UE pour contribuer à des solutions pérennes, fondée sur le droit international et les résolutions adoptées par les organisations internationales. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné l’importance de l’enjeu lors d'une vidéoconférence avec les ministres des Affaires étrangères des pays du partenariat oriental le 18 juin dernier : « it is in the European Union's strategic interest to have a prosperous eastern neighbourhood ».  

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