Travail dominical : la loi Macron va-t-elle créer des emplois ?



J’aimerais commenter dans le calme la loi Macron. On sait que la très grande majorité des députés UMP, que le Front de gauche ainsi que la très grande majorité des députés écologistes sont contre cette loi. A contrario une majorité du groupe socialiste et des 18 radicaux de gauche ainsi que 7 à 8 députés UDI sont plutôt pour.

C’est intéressant mais cette loi est-elle aussi simple à comprendre qu’il n’y parait ? Essayons de poser quelques thèses et antithèses pour peser le pour et le contre puis une conviction finale.

Concernant le travail le dimanche

Le principe général est le suivant : le nombre d’ouvertures le dimanche pour certains commerces passe de 5 à 12 jours par an, sur décision du Maire. Il est prévu une compensation salariale. Une exception est prévue : Les zones touristiques (dont internationales) et zones commerciales pourront ouvrir tous les dimanches. On peut créer une commission avec 50 experts ou faire des livres sur le tennis voire en faire faire mais réfléchir librement par soi-même à partir d’une expérience de terrain (sur le terrain) ce n’est pas mal non plus surtout lorsqu'on arrive à peu de choses près au même résultat. Ce n’est d’ailleurs pas le cas ici…

Travail dominical : vers une création d'emplois ?

La question est la suivante : ouvrir le dimanche permet-il d’améliorer l’emploi ? et bien oui et non, avec une option pour le non.

D’une certaine façon oui car évidemment le chiffres d’affaire en plus estimé à 600 millions dans la grande distribution pour un dimanche travaillé va automatiquement générer une demande de travail pour faire face à la demande des consommateurs. Donc la demande de biens et services tire la demande de travail mais dans quelle proportion ? Nul ne le sait surtout qu’en matière de règles de causalité en économie, les choses ne sont que très rarement linéaires. Admettons un effet positif avec une productivité marginale constante.

D’une certaine façon oui car l’ouverture le dimanche c’est aussi dire la même chose que les 35H : nous souffrons d’un problème d’offre et de compétitivité, alors que la demande est là (déficits commerciaux), alors travaillons plus, tel est le message. Il est très drôle d’ailleurs de constater que lorsqu'il s’agit de donner une journée de travail pour financer la dépendance, l’efficacité de cette mesure apparaît clairement, que lorsqu'il s’agit de travailler le dimanche il en est de même, alors que pour le déboulonnage des 35H c’est beaucoup plus difficile à faire passer. Étrange.

D’une certaine façon oui encore car le dimanche est une journée de forte disponibilité des personnes en emploi ailleurs et qui peuvent donc consommer le dimanche. C’est donc via un effet multiplicateur particulièrement important sur la Chiffre d’affaires que l’on va en effet créer des emplois. Pour aller un peu plus loin on peut presque dire que les personnes en emploi se solidarisent de celles qui veulent travailler à temps partiel ou trouver un emploi en leur permettant de travailler le dimanche. C’est donc une mesure sociale, peut être le contraire de ce que prétendent certains observateurs. Et nous n’avons pas l’impression que les touristes sont des clients particulièrement stressés et compliqués à servir, pouvant renforcer la pénibilité au travail. Mais il s’agit d’une mesure sociale qui concerne un secteur seulement et donc quelque part est-ce vraiment social ?

Travail le dimanche : les questions en suspens

On peut imaginer deux choses : des effectifs sous productifs qui prolongeraient le travail le dimanche pour atteindre leurs objectifs et que finalement ce soient les insiders (salariés en poste) qui bénéficient de la journée de travail le dimanche. Cette question mériterait un approfondissement car dans ce cadre le travail le dimanche apporte surtout un profit supplémentaire aux grandes enseignes et du pouvoir d’achat aux insiders mais pas vraiment de l’emploi surtout que nous connaissons une période de rétablissement des marges dans la Grande distribution. On ne va pas recruter tout de suite, on ira plutôt utiliser les effectifs existants pour minimiser les coûts même après majoration. Est-ce social ?

Nous pouvons aussi évoquer une concurrence déloyale et un jugement de valeur sur « les commerces qui peuvent ouvrir » et ceux qui « ne peuvent pas ouvrir ». Cette question normalement du ressort du management ne devrait pas concerner le politique. On peut par exemple imaginer que certains concessionnaires automobiles puissent aussi ouvrir le dimanche avec des conditions de travail tout à fait équivalentes disons équitables. Pourquoi ce secteur, pourquoi pas celui-là, rien n’est très clair en tout cas dans la sphère publique.

Sans vouloir trop systématiser je dirais qu’en conclusion cette loi est plutôt une bonne loi car en adéquation avec un diagnostic du mal français juste (problème du temps de travail, de compétitivité et d’offre). Cependant nous pensons qu’elle n’est pas social-démocrate pour deux raisons. Si certes tous les secteurs d’activité maintiennent leur liberté d’expression en matière de travail le dimanche, dans les faits, rien ne dit qu’économiquement ce secteur soit le plus lésé ou le plus démunis par rapport à d’autres. Par ailleurs il n’y a pas égalité des chances face à la concurrence. Tous les secteurs devraient être concernés. Un moyen de rendre cette mesure social-démocrate est donc tout simplement de lever la contrainte des 35H pour tous les secteurs d’activité en maintenant le dimanche « reposé ». l’effet serait beaucoup plus puissant économiquement.


Pascal de Lima

Economiste-knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.

Après 14 années dans les milieux du conseil en management secteur banque et finance (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate, il applique les précepts Structures-Comportements-Performances et ceux de John Rawls au monde du conseil en management. Il intervient régulièrement dans les médias français mais aussi internationaux.