Manuel Valls ne peut pas être le candidat de la gauche

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Manuel Valls a été Premier ministre durant 981 jours.

La démission du désormais ancien Premier Ministre de François Hollande, Manuel Valls n’est en rien une surprise. Il aura œuvré depuis plusieurs mois à empêcher une candidature du Président de la République, tentant de s’imposer comme la seule véritable chance pour la gauche en 2017, et sa démission est la suite logique de son annonce de candidature du lundi 5 décembre.

Manuel Valls veut rassembler, réconcilier, mais il oublie qu’il a théorisé les gauches irréconciliables, qu’il a porté des réformes contraires à l’esprit de la gauche tout en faisant preuve d’un autoritarisme marqué par les usages répétés du 49.3. Il a été l’artisan principal de la division à gauche lorsque, avec le Président de la République, il a organisé un virage vers une économie de l’offre, lorsqu’il a imposé aux Français une cure d’austérité destinée à compenser les effets de la finance décomplexée. Il a également divisé la gauche sur la déchéance de nationalité, réforme emblématique des errements du quinquennat et en inadéquation totale avec nos valeurs.

Manuel Valls se présente désormais comme un rempart face à François Fillon et au Front National. Mais pour lutter contre un candidat ultra-libéral, il ne faut pas un candidat social-libéral. Il faut un candidat au cœur des gauches, qui rassemble et rassure le peuple de gauche pour porter l’espoir d’une victoire à la présidentielle. Le programme de François Fillon me choque, la candidature de Manuel Valls m’inquiète. Il a participé à décomplexer la droite en menant une politique de centre-droit sous l’étiquette du parti-socialiste. La loi El Khomri puissance 10 proposée par François Fillon est un héritage de son gouvernement.

Après avoir brutalement réprimé la fronde, Manuel Valls voudrait se présenter comme un pacifiste. Après avoir mené des réformes contraires à nos idéaux, il voudrait les défendre. Manuel Valls candidat s’oppose à Manuel Valls Premier Ministre et démontre déjà l’insincérité avec laquelle il mènera sa campagne. Il est comptable de son action, et sa démission ne l’affranchit en rien de ses années à Matignon.

La primaire de la droite a créé une dynamique autour de François Fillon, c’est indéniable, la primaire de gauche doit faire de même. Mais elle ne peut se faire autour de Manuel Valls. Le rassemblement de la gauche est la condition de la victoire de celle-ci en 2017 et seul Arnaud Montebourg est en capacité d’agréger autour de son programme. Le renoncement de François Hollande nous offre l’opportunité de nous reconstruire et de nous remobiliser après un quinquennat gâché. Soutenir Manuel Valls serait une erreur, tant il est dépositaire du bilan de François Hollande et a été l’architecte de la déconstruction de la gauche au cours de la deuxième moitié du quinquennat.

La candidature de Manuel Valls et sa démission du poste de Premier Ministre doivent être un électrochoc pour le peuple de gauche qui a souvent montré son opposition à la politique du gouvernement. L’occasion s’offre à nous d’exprimer notre souhait d’une gauche retrouvée, qui porte à nouveau ses valeurs et qui ne se perd pas dans les compromissions et l’autoritarisme malvenu. La primaire doit rassembler, et elle permettra aux électeurs d’exprimer leur jugement sur le quinquennat qui s’achève à travers les urnes. Manuel Valls est l’héritier du bilan de François Hollande, il devra en assumer les conséquences devant le peuple de gauche qui saura faire entendre son besoin d’une alternative véritable.


Jean-Pierre Blazy

Jean-Pierre Blazy est né à Gonesse, d’une famille gonessienne depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Il est marié. Il a deux fils et un petit-fils. Agrégé d’histoire et de géographie, il a enseigné ces disciplines à Gonesse et à Saint-Witz. Élu conseiller municipal à Gonesse pour la première fois en 1983, il est devenu Maire de la ville en 1995, réélu en 2001 et en 2008. Il est élu député (PS) de la 9ème circonscription du Val d’Oise en 1997 et occupe le poste jusqu’en 2007, puis de 2012 jusqu’à aujourd’hui. À l’Assemblée Nationale, il s’est spécialisé sur les questions de sécurité. En 1999, il est diplômé de l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ). Il est l’auteur en 2006 du livre Les socialistes et la sécurité. En 2014, il est président-rapporteur de la mission d’information sur la lutte contre l’insécurité sur tout le territoire et publie en 2016 Repenser la sécurité : l’urgence démocratique.