Politique : attention, langue de bois inclusive !



Nous poursuivons notre tour d’horizon des déclarations et des actes les plus saugrenus de nos chers politiciens avec un vaste sujet : novlangue et aporie du sens…

Ecriture inclusive

Commençons léger avec la nouvelle lubie progressiste : l’écriture inclusive, autrement appelée langage « non sexiste ». Faire disparaître les genres dans la graphie du vocabulaire choisi, pratique à laquelle se sont oposé.e.s les académicien.ne.s français.e.s (n’hésitez pas à me corriger si je me suis raté !). Apparemment, au-delà du gage donné au progressisme, Christophe Castaner n’en n’a rien à secouer.

On se doute bien qu’il n’est pas le seul, mais que ne ferait-on pas pour être dans le coup ?

 

Dé-surcomplexification du jargon technocratique

Vous vous souvenez que les politiciens et la haute fonction publique sont friands d’expressions fumigènes du type « budget insincère » et autres « phobies administratives ». Nous sommes désormais habitués à nous méfier de ce genre de formules. Mais au-delà de leurs velléités d’enfumage, nos dirigeants et nos fonctionnaires ne peuvent parfois tout bonnement pas faire simple. Et quand c’est plus fort que vous, ça a vite fait de donner des choses comme ça :

Si vous n’êtes pas sujet aux migraines, la suite figure sur le site de la Direction générale du Trésor.

La « normalité » selon les étatistes…

Que feraient les politiciens sans l’argent des autres ? Pas grand-chose, pour la plupart. C’est pourquoi les étatistes se fendent rarement d’explications pour justifier le fait d’aller un peu plus loin dans la spoliation. On en vient même à se demander si, dans leur esprit, elle n’aurait pas remplacé le droit de propriété en tant que droit naturel. Ainsi, pour François Bayrou, « c’est anormal de taxer de la même manière l’argent investi dans l’économie réelle et l’argent qui dort ». Par ailleurs :

Au vu de quels arguments ? On ne le saura jamais. Au mieux, le maire de Pau répondra que c’est « normal », vu que cet actif « dort ». Or, comme je l’expliquais dans mon livre :

« Si l’or permet effectivement de sortir de l’économie, la croyance selon laquelle l’achat d’or empêche l’argent de circuler dans l’économie repose néanmoins sur un raisonnement erroné. Toute forme d’épargne contribue par nature au ralentissement de la circulation de la monnaie dans l’économie. L’or ne saurait endosser aucune responsabilité vis-à-vis de ce phénomène mécanique. Au moment de toute transaction portant sur un bien aurifère, l’acheteur verse une somme d’argent au vendeur qui la réinjectera dans le circuit économique (rémunération de ses salariés, etc.) Pour prendre un exemple concret, l’achat d’or a les mêmes répercussions que l’achat d’un bijou par Monsieur à l’attention de Madame. La différence entre les deux dépenses tient au fait que la première a lieu pour acquérir un bien qui a vocation à être caché du public alors que la seconde vise à détenir un bien dont l’objet est d’être exposé aux yeux de tous. Les deux types d’achat sont par ailleurs susceptibles d’engendrer des dépenses connexes du type TVA, assurance, coûts de stockage, ISF, impôt sur la cession, soit autant de coûts qui sont synonymes d’injection supplémentaire d’argent dans l’économie. »

Peut-être François Bayrou serait-il mieux avisé de laisser l’or « dormir » tranquille et de remettre son compte Twitter en sommeil.

Les alertes à l' »ultralibéralisme », où quand les mots sont vidés de leur sens

Dans un précédant billet, j’avais distingué la philosophie politique qu’est le libéralisme, de l’ultra-libéralisme, cette notion épouvantail aux contours nébuleux dont personne ne se revendique. Force est de constater que ces termes continuent à être employés à tort et à travers. Et malheureusement, cela n’est pas près de s’arrêter. A tout seigneur, tout honneur : commençons avec Jean-Claude Mélenchon, 58 ans de mandats électifs cumulés au compteur et expert ès libéralisme.

On aimerait bien savoir à quoi fait référence Jean-Luc Mélenchon, alors que la France d’Outre-mer vit dans sa grande majorité sous perfusion étatique. Mais à en croire nos représentants politiques, il n’y a pas que La Réunion qui soit ravagée par le cyclone libéral. Pour Guillaume Peltier, vice-président du groupe LR à l’assemblée nationale et adepte des propos nuancés, « tout est libéralisé à outrance ». Voyez donc :

Mais encore n’est-on que dans le « libéralisme ». Vous vous imaginez à quelles calamités la France serait promise si elle adoptait un budget « ultra-libéral »… et en même temps « de gauche » ? Non ? Eh bien, moi non plus. Ou alors, peut-être aurait-on affaire au genre de cataclysmes qui se produisent lorsque quelqu’un essaye de diviser par zéro, comme c’est parfois le cas de Christian Jacob :

Pas facile de « doubler un camion par la gauche et par la droite », comme le fait remarquer le twittos Vae Vix. En matière de confusion, on notera également que certains journalistes ne donnent pas leur part aux chiens…

Bref, vous l’aurez compris, le libéralisme est un bouc-émissaire rêvé. Or, malgré ce que bien du monde voudrait nous faire croire, il y a à peu près autant de rapport entre la liberté et les terribles conséquences économiques et sociales qu’on lui prête, qu’entre… mettons le nombre de personnes mortes en tombant dans une piscine et le nombre de films dans lesquels a joué Nicolas Cage…

… ou encore, entre la consommation de fromage par habitant et le nombre de personnes mortes en s’emmêlant dans leurs draps, si vous préférez. I

Inculture crasse, ou mystification politique ? A vous de trancher, cher lecteur. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’avec la rubrique suivante, on passe encore un cran au-dessus.

Les jardiniers de l’ambiguïté

Je vous ai déjà parlé de la tendance à dire tout et son contraire qui a caractérisé la stratégie d’Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle, avec le résultat que l’on sait. Visiblement, cette méthode a fait des émules dans l’entourage proche du président. Je vous laisse admirer cette splendide sortie de Bruno Le Maire :

Avec des propos aussi équivoques, toutes les sensibilités sont effectivement susceptibles de trouver leur compte dans le discours du gouvernement. Si vous avez du mal avec les déclarations de ministres, rassurez-vous, Daniel Tourre est là pour faire les sous-titres : « n’importe quelle connerie plutôt que de faire face à la démagogie fiscale de l’ex-gauche. » C’est plus clair ?

Pour plus d’informations et de conseils, c’est ici et c’est gratuit


Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l'IEP de Strasbourg, du Collège d'Europe et de l'Université d'Aix-Marseille, il intervient pour les publications Agora en tant qu'éditorialiste. Il est notamment l'auteur de "Investir sur le marché de l'Or - Comprendre pour agir", paru aux éditions SEFI Arnaud Franel.