Présidentielle au Mali : Aliou Diallo, Soumaïla Cissé et Moussa Mara, quelle stratégie pour ces trois cadors ?

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Aliou Diallo défend depuis plusieurs années un plan Marshall pour le
Mali de 15.000 milliards de Francs CFA.

La Charte de la transition au Mali a prévu que la prochaine présidentielle aura lieu au premier trimestre 2022. A un an et demi de cette importante échéance, la campagne électorale a déjà commencé. Pour l’instant, trois personnalités politiques sont au-dessus du lot : les présidents de l’URD Soumaïla Cissé, de Yelema Moussa Mara et d’ADP-Maliba Aliou Diallo Boubacar. Chacun avance ses pions, à sa façon.  

Au Mali, la transition doit conduire le pays à des élections dans dix-huit mois, soit courant 2022. Pour la présidentielle, trois figures politiques se présentent comme les favoris. Il s’agit de Soumaïla Cissé, Moussa Mara et Aliou Diallo Boubacar.  

Soumaïla Cissé, un vétéran très impatient

Le président de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé se positionne actuellement comme le plus ancien parmi les potentiels candidats. Cet homme âgé de 71 ans est une figure de la vie politique malienne depuis le début des années 90. Il était membre de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), qu’il quitte en 2003 pour créer l’URD.  

Depuis 2002, Soumaïla Cissé souhaite accéder à la présidence malienne. Il finit deux fois deuxième (2013 et 2018) derrière Ibrahim Boubacar Keita. Cette fois-ci, son plus grand rival est hors circuit et il pense que son heure est venue.  

Sans doute très impatient de poser enfin les valises au palais de Koulouba, il n’a pas attendu pour se lancer dans une sorte de pré-campagne. En effet, seulement quelques jours seulement après sa libération du rapt terroriste, l’ancien ministre de l’Equipement (2000-2002) a multiplié les déclarations causant souvent certaines polémiques et alimentant les théories du complot concernant son enlèvement.  

Il a inondé les médias nationaux et internationaux et a même regagné la France où il a procédé à plusieurs rencontres avec les officiels français, la diaspora malienne et des cadres de l’URD. Le leader de l’opposition avait pourtant assuré, après sa libération, qu’il souhaitait prendre le temps de réfléchir à son avenir politique et voir s’il avait encore un rôle à jouer.

Tout compte fait, son plus grand défi sera de convaincre les Maliens qu’il incarne le changement, malgré le discrédit qui frappe la veille garde politique, alors qu’il est souvent dépeint comme un dinosaure de la politique malienne.  

Moussa Mara aussi s'active tous azimuts

A l’inverse, Moussa Mara essaiera de jouer l’image d'un homme neuf. Dans une récente interview, il a d’ailleurs déclaré qu’il « faut ouvrir une nouvelle page avec un rajeunissement de la classe politique ». Âgé de 45 ans, cet expert-comptable de formation a été chef de gouvernement à 39 ans en 2014. Il a aussi démarré sa carrière politique très tôt, en 2007, comme candidat indépendant lors des élections législatives. Il devint par la suite Maire de la Commune IV du district de Bamako, avant de se frotter à la présidentielle en 2013 sous la bannière de Yéléma, parti qu’il a créé en 2010.  

En 2018, il a retiré sa candidature et rallié Cheick Modibo Diarra, ancien premier ministre de transition en 2012. Un désengagement interprété par certains comme un manque d’ambition, alors qu’on le considérait comme un sérieux prétendant à la succession d’IBK.  

Pour la présidentielle de 2022, l’ex premier ministre devrait aller jusqu’au bout. Déjà, il s'active tous azimuts ces dernières semaines et mobilise ses réseaux, de Paris à Bamako. Dans la capitale française, Moussa Mara a eu de nombreuses rencontres début octobre avec la diaspora malienne et a participé à une rencontre du club Objectif Afrique Avenir (O2A).  

Au Mali, Moussa Mara a entamé une tournée le 24 octobre par la ville de Kayes, première région administrative du Mali. En amont de sa tournée de quatre jours dans cette ville, l’ancien premier ministre avait déjà organisé plusieurs « débats publics citoyens » avec son parti Yelema dans différents quartiers bamakois et eu un long entretien avec l’homme d’affaires malien Aliou Boubacar Diallo.  

Aliou Diallo, une force tranquille

Contrairement à Soumaïla Cissé et Moussa Mara, Aliou Diallo se fait discret ces dernières semaines. Il semble avoir laissé les manettes aux différentes structures de son parti ADP-Maliba, qui font un travail de fond sur le terrain. Il s’agit notamment de la jeunesse et des femmes, très actives dans les quartiers et hameaux du pays.  

Cet entrepreneur à succès laisse ses œuvres parler à sa place. Aliou Diallo peut bénéficier de la puissance financière de sa fondation Maliba. Il défend également depuis plusieurs années un ambitieux plan Marshall pour le Mali de 15.000 milliards de Francs CFA pour une véritable décentralisation et un développement socio-économique de toutes les régions du pays. Le milliardaire malien reste convaincu que la lutte contre la pauvreté reste le seul moyen de mettre un terme au terrorisme.  

S’il se présente en homme pragmatique, Aliou Diallo n’en demeure pas moins un leader très investi dans la politique nationale. Il participe régulièrement aux grandes initiatives comme le Dialogue national inclusif (DNI), rencontre les acteurs politiques de tous bords et fait surtout de fortes propositions à chaque étape de la vie de la nation malienne. Citons notamment ses solutions pour une sortie de crise pacifique au Mali et celle récente sur la coexistence pacifique et amicale entre les cultures et les confessions. Après avoir terminé 3e à la présidentielle de 2018, l’ex-député de Kayes souhaite maintenant accéder à la magistrature suprême pour faire la démonstration de ses capacités managériales.  

Après s’être assuré que la structuration du parti bat son plein, il envisage de sillonner le pays pour aller au contact des maliens et nouer une relation fusionnelle avec ceux qui lui assureront la victoire lors de la présidentielle.  

Les trois hommes vus comme des favoris de la présidentielle à venir ont également un point commun. Ils ont tous clairement donné les signaux qu’ils se concentreront davantage à préparer l’élection plutôt que de vouloir coûte que coûte participer aux organes de la transition. Un signe de leur détermination à sortir victorieux ?  

Affaire à suivre…