Psychopathologies de la langue de bois de nos trop chers élus



Au fil de cette Chronique, nous avons vu que nos chers politiciens sont de véritables tortionnaires du langage, tant ils lui font subir de contorsions. Aujourd’hui, je vous propose de passer en revue les plus douloureux supplices verbaux infligés par notre personnel politique à la langue française au cours de ce premier trimestre.

Le sens des mots, le poids de Bruno

Le nom de Bruno Le Maire revient régulièrement lorsque je traite du rapport que les politiciens entretiennent avec notre raison et notre esprit critique. Ce normalien et énarque qui n’a jamais mis un pied dans le secteur privé voudrait désormais se faire passer pour l’archétype du rebelle.

Remarquez, quand l’on sait que lorsque monsieur le ministre n’était encore que député, il employait son épouse comme assistante parlementaire pour exécuter des tâches qui demeurent très floues, l' »indiscipline » de Bruno Le Maire prend peut-être un peu plus de sens.

Quoi qu’il en soit, vouloir se faire passer pour un autre, cela n’est pas encore bien grave. Surtout que le Bruno, on commence à le connaître. C’est tout à fait le genre d’individu à faire le coup du « pas d’amalgame » à la sauce budgétaire à ses partenaires européens pour mieux les enfumer. Quels propos n’oserait tenir monsieur le ministre pour avancer sur la voie d’une intégration européenne plus poussée ? On se le demande…

Alors le gouvernement pérore au motif que l’Etat affiche enfin un déficit en-deçà de 3% en 2017…

La réalité, c’est que nos parlementaires votent depuis 1974 des budgets systématiquement déficitaires. Dans d’autres pays pourtant, le terme « excédent » n’a pas encore disparu du vocabulaire :

Peut-être l’Allemagne a-t-elle justement été dirigée par des politiciens plus « disciplinés » que Bruno Le Maire…

Le goût de la circonvolution

Mais les hommes politiques ne sont pas les seuls à avoir de légers problèmes de lexique. C’est aussi le cas des dirigeants de banque centrale qui, en bons technocrates, adorent faire dans la circonvolution lorsqu’il s’agit d’énoncer une vérité simple. Par exemple, plutôt que de dire « on ne comprend rien à l’inflation », l’ancienne présidente de la Fed Janet Yellen a-t-elle préféré déclarer le 26 septembre 2017 que « notre compréhension des facteurs d’inflation est imparfaite ». On la comprend. Parfois, il vaut mieux passer par quatre chemins…

La stratégie du bouc-émissaire

Quel que soit le sujet, Jean-Luc Mélenchon a toujours un coupable tout trouvé. En général, ça tourne autour de l’UE, du capitalisme et du libéralisme. En ce mois de février, c’est au « système libéral »que le patron de La France Insoumise reprochait (presque) tous les maux du monde :

L’écrivain Daniel Tourrefait remarquer que Jean-Luc Mélenchon n’a pas tout à fait tort : « exactement. La magic card libérale, ça explose tous les éléments, sauf le feu. Le feu, il faut la carte ultralibérale », fait-il remarquer ! Du côté des Républicains, on est comme vous pouvez le voir sur une ligne assez proche de celle du parti d’extrême gauche :

Guillaume Peltier, vice-président du groupe LR à l’Assemblée nationale, demandait au Premier ministre quand il allait se décider à « renoncer à l’ultra-libéralisme ». Pas très étonnant de la part d’un ancien du Front National. Vu que Guillaume Peltier est donc en possession de la carte qui permet d' »exploser le feu », je lui recommande, au choix, de rejoindre La France Insoumise ou d’inviter Laurent Wauquiez et Jean-Luc Mélenchon à réfléchir à un programme commun.

La tentation de l’hyperbole

Gérard Collomb est fier de ses résultats et il aime le faire savoir. Sa première nuit de la Saint-Sylvestre en tant que ministre de l’Intérieur a enregistré un plus grand nombre de voitures brûlées que l’année passée mais, « en même temps », Gérard Collomb indique que les interpellations ont été plus nombreuses. Voilà de quoi être satisfait, vous ne pensez pas ?

Le ministre de l’Intérieur sabrera-t-il le champagne en direct à la télévision si la France déplore moins de victimes d’attentats terroristes islamistes en 2018 qu’en 2017 ?

Le déni

Au Venezuela, le pouvoir recrute de curieux ministres de l’Economie productive (à ne pas confondre avec les ministres du Redressement productif : ça, ça se passe en France ultra-libérale). Luis Salas, l’un des derniers individus à avoir occupé ce poste (qui fait l’objet d’un turn-over pour le moins élevé), a écrit en 2015 que « l’inflation n’existe pas dans la vraie vie », défendant l’idée que la création de monnaie à outrance n’a aucun lien avec l’inflation. Cette dernière serait due à la course au profit menée par les multinationales…

Luis Salas, tel un Oedipe moderne, s’est-il crevé les yeux pour se tourner vers son intérieur et accéder à la conscience ? Peut-être en est-il revenu… Quoi qu’il en soit, ce sinistre plaisantin ne sera resté en poste qu’un mois, et la Banque centrale du Venezuela a lancé au mois de mars 2018 un nouveau bolivar soberano (bolivar souverain) qui vient remplacer le bolivar fuerte (bolivar fort – interdit de rire) qui vaut 1 000 bolivares fuertes. A défaut de changer grand-chose pour les Vénézuéliens qui crèvent toujours de faim, ce nouveau billet fera la joie des numismates !

Quant à l’ancien billet, il a déjà trouvé sur le marché libre de nouveaux usages disons plus… pratico-pratiques !

Schizophrénie

Je ne suis pas psy, mais il me semble qu’un patient en situation de déni de réalité doit avoir plus de chances de guérir qu’un patient frappé de schizophrénie. C’est assez gênant pour nous, car pour certains commentateurs, notre président donne des signes de cette terrible psychose. Le 24 janvier à Davos, Emmanuel Macron s’est exprimé dans le cadre d’un discours bilingue d’une cinquantaine de minutes. En anglais, il a vanté la « baisse du coût du travail et du capital » et la « flexibilité », rapporte le Huffington Post. En français, il nous raconte qu' »on doit arrêter cette tendance à détricoter notre droit social pour s’ajuster à la mondialisation ».

Hum, comment dire… ? Quand ils changent de langue, certains se mettent à bégayer. D’autres changent apparemment d’avis.

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Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l'IEP de Strasbourg, du Collège d'Europe et de l'Université d'Aix-Marseille, il intervient pour les publications Agora en tant qu'éditorialiste. Il est notamment l'auteur de "Investir sur le marché de l'Or - Comprendre pour agir", paru aux éditions SEFI Arnaud Franel.