Quand nos chers politiciens nous parlent d'amour

650 000 €
L'oeuvre de Joana Vasconcelos a coûté 650 000 euros : 60% par la Ville
de Paris, 28% par la région Ile-de-France, 12% par l?État, soit 100%
pour les contribuables.

Je suis certes un peu en retard sur la Saint-Valentin mais aujourd’hui, parlons uniquement… d’amour !

En haut lieu, il y a au moins deux personnes qui pensent très fort à vous

Brigitte Macron n’a-t-elle pas elle-même montré l’exemple avec cette réaction magnanime lorsqu’un journaliste du Point lui a demandé comment elle avait « vécu son effigie brûlée sur les ronds-points » ?

Brigitte Macron - Valeurs actuelles
 

« Ils ont un président qui les aime », a ajouté cette bonne dame.

Quel constat clair et lucide, pour cette parfaite épouse d’un président qui incarne les pires dérives de l’Etat nounou. La communication présidentielle valait bien une « Charte de transparence relative au statut du conjoint du chef de l’État », quatre conseillers, deux voitures et six bureaux (même si ladite charte prend soin de préciser que le conjoint du président « ne dispose d’aucun budget propre »), n’est-ce pas ?

Le couple présidentiel patauge donc des quatre pieds dans la moraline, en peinant parfois à habiller sa communication politique en initiative spontanée.

Macron - Samu social - SDF

Macron - sans-abri

Bref, la stratégie la plus en vogue chez nos dirigeants reste celle qui consiste à montrer que l’on fait partie des gentils, du camp du bien, comme le déplore Daniel Tourre.

Brigitte Macron

Malheureusement, cet état d’esprit n’est pas l’apanage de la présidence de la République. On le retrouve à l’échelon local.

Ceux qui jettent votre argent par les fenêtres pensent bien à vous

Inaugurée pour la Saint Valentin, l’œuvre ci-dessous est de l’artiste franco-portugaise Joana Vasconcelos. Il s’agit d’un « cœur composé de 3 800 azulejos peints à la main par des artisans portugais, [qui] tourne sur lui-même et s’allume et s’éteint au rythme des battements d’un cœur humain », comme l’explique Le Parisien.

Saint-Valentin - Joana Vasconcelos

Coût de cette production artistique très Hidalgo-compatible : 650 000 €. Financement : 60% par la Ville de Paris, 28% par la région Ile-de-France, 12% par l’État, soit 100% par vous, camarade contribuable.

L’Art suffira-t-il à régler la question du « vivre-ensemble » dans le 18ème arrondissement ? Cela n’est manifestement pas l’avis de tous les riverains. Voici ce qu’explique une dame qui habite le quartier depuis 20 ans : « le "cœur" pourquoi pas mais on a d’autres priorités, notamment la sécurité », explique-t-elle.

Elle dénonce une somme « indécente » et des élus « hors-sol ». « Les habitants sont à bout, y compris des gens qui votaient à gauche auparavant. On a l’impression de cumuler tous les problèmes ici : les logements sociaux, le crack, les bandes, les migrants, les prostituées », énumérait-elle dans Le Figaro.

Mais la poésie ne vaut-elle pas quelques tombereaux d’argent public, comme le rappelait récemment Natacha Polony ?

Ceux qui continuent à vous plumer mais après vous avoir estourbi pour minimiser les cris

Le truc avec l’argent des autres, c’est que lorsqu’on en dépense toujours plus, les oies finissent par cacarder assez bruyamment. La séance de plumage peut même se transformer en manifestation de plusieurs mois avec des dégradations sur les voitures, domiciles et permanences des députés.

Pour toutes ces raisons — mais aussi et sans aucun doute surtout parce qu’en leur for intérieur, ils vous aiment profondément –, les députés de la mission parlementaire sur la transition écologique ont recommandé début février « de maintenir la trajectoire de hausse de la fiscalité sur les carburants jusqu’en 2022, tout en ‘établissant les conditions de son acceptabilité’ », comme le rapporte Capital.

taxe carburant

C’est-y pas mignon tout plein, ce genre de petite attention ?

Je vous épargne le détail de la proposition. Comme vous vous en doutez, on est bien sûr dans la surfiscalisation de certains et la subvention des autres, dans la pure tradition de l’usine à gaz à la française.

Ceux qui, en attendant de laminer votre épargne, vous souhaitent une joyeuse Saint-Valentin

Sachez par ailleurs qu’il n’y a pas que les politiques qui vous aiment : c’est également le cas des fonctionnaires européens, notamment à la banque centrale.

Vous avez du mal à me croire ? Eh bien pourtant, à l’occasion de la Saint Valentin, le community manager de la BCE a tenu à vous rappeler que l’institution de Francfort vous « aime comme elle aime la stabilité des prix ». Voilà.

Saint-Valentin - BCE

Tant pis si la BCE, censée être indépendante du pouvoir politique, permet aux gouvernements de continuer à empiler impunément (pour le moment) une montagne de dettes, ce qui a pour conséquence directe que votre épargne ne vous rapporte plus rien et qu’elle n’a plus de « sans risque » que le nom.

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Même après avoir lu ce genre de mot doux, je vous avoue que je reste un peu fâché avec mon banquier central. Mais le mois de février n’a pas été perdu pour tout le monde.  

Ceux qui ont fini par se rabibocher

Comme vous le savez, Donald Trump a passé une bonne partie de l’année 2018 à conspuer Jerome Powell. Le POTUS n’a en effet cessé de répéter qu’il s’accommoderait volontiers d’une Fed laxiste qui jouerait comme lui les cartes de la stimulation de la demande et d’un dollar plus faible, soit l’exact inverse de ce que déclarait Donald Trump lorsqu’il faisait campagne (et a fortiori bien avant).

Admirez comme le POTUS y est allé crescendo, à tel point que nombre de commentateurs ont fini par se demander si Donald Trump n’allait pas finir par virer Jerome Powell, à l’instar d’un simple participant de jeu de télé-réalité…

Donald Trump en juillet 2018

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Donald Trump en octobre 2018
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« Ma plus grande menace est la Fed […] Parce que la Fed relève les taux trop rapidement et qu’elle est trop indépendante », a déclaré le président sur FOX Business le 16 octobre.

Donald Trump en novembre 2018

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Heureusement, il aura suffi d‘« un dîner productif et décontracté » le 4 février pour que Jerome Powell se conforme aux exigences de Donald Trump, entre deux discussions sur le golf et le Super Bowl. Ils se sont d’ailleurs rencontrés le jour de l’anniversaire du président de la Fed, c’est dire à quel point le courant passe entre ces deux-là, désormais.

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Les marchés actions comme le déficit budgétaire américain ont donc pu reprendre leur route en direction de nouveaux sommets.

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Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Diplômé de l'IEP de Strasbourg, du Collège d'Europe et de l'Université d'Aix-Marseille, il intervient pour les publications Agora en tant qu'éditorialiste. Il est notamment l'auteur de "Investir sur le marché de l'Or - Comprendre pour agir", paru aux éditions SEFI Arnaud Franel.