Pour la télé russe, la Troisième Guerre mondiale a commencé

78000 DOLLARS
Le missile Javelin coûte 78.000 dollars pièce.

C’est BFM TV qui semble découvrir presque surprise que les Russes, désormais parlent de 3ème guerre mondiale.

Voici les explications légères de BFM… 

« L’opération spéciale russe en Ukraine s’est transformée en ce que l’on peut facilement qualifier de Troisième Guerre mondiale », a déclaré une présentatrice très populaire en Russie, lors de son émission.

Le mot guerre était proscrit, mais le terme Troisième Guerre mondiale ne semble pas poser de problème. Après la destruction, jeudi dernier, du vaisseau-amiral russe Moskva par l’armée ukrainienne, sur les plateaux télévisés russes pro-Kremlin, la colère était perceptible.

Dans l’émission-débat « 60 minutes » – programme politique populaire diffusé sur l’antenne Russia1, sous contrôle du gouvernement – la présentatrice Olga Skabeïeva, très connue dans le pays, n’a pas hésité à dire vendredi dernier que le conflit actuel en Ukraine était une Troisième Guerre mondiale.

« L’opération spéciale russe en Ukraine s’est transformée en ce que l’on peut facilement qualifier de Troisième Guerre mondiale, c’est tout à fait clair », déclare la présentatrice.

« En ce moment nous nous battons, et si ce n’est contre l’Otan lui-même, au moins contre les infrastructures de l’Otan, et par extension nous nous battons contre les États-Unis ».

« Stop, l’opération militaire spéciale est terminée »

Dans d’autres extraits, on peut l’entendre parler de la livraison d’armes à l’Ukraine, et dire « nous devrions sérieusement penser à détruire les chemins de fer ». Dans le même temps, un invité appelle à bombarder Kiev, alors que des images de chefs de gouvernements étrangers, en visite dans la capitale ukrainienne, passent à l’écran.

« Stop, l’opération militaire spéciale est terminée, elle a pris fin hier soir quand notre mère-patrie a été attaquée » lance cet homme vendredi, après que le navire-amiral russe ait coulé. Selon lui il s’agit d’un « cas absolu de guerre ».

Guerre en Ukraine: après « l’opération spéciale », la télévision russe parle désormais de « Troisième Guerre mondiale » pic.twitter.com/YtxudVf3NZ

Evidemment que la Russie est en guerre contre les infrastructures de l’OTAN !

Le dégré de réflexion de nos journalistes est affligeant et à défaut de penser, ils pourraient au moins penser à poser des questions, mais pour cela, encore faudrait-il se les poser, et les poser, c’est évidemment déjà apporter une réponse.

A votre avis, le navire russe était-il équipé d’une défense rapprochée contre les attaques de missiles ?

A votre avis, les Ukrainiens avaient-ils la capacité à couler ce navire ?

A votre avis, pouvaient-ils savoir où se trouvait ce bâtiment ? Pouvaient-ils le localiser et le tirer aussi facilement que cela ?

A votre avis, pourquoi l’armée russe est en échec en Ukraine ?

Alors les réponses sont assez simples. L’armée ukrainienne ne vaut pas grand chose, mais avec 17 000 missiles antichars Javelin elle vaut nettement plus. Avec les instructeurs de l’Otan, américains bien évidemment mais aussi un peu français parfois, elle vaut nettement plus. Avec les renseignements satellites il est plus facile de flinguer et de bombarder les QG avec les généraux russes dedans et de désorganiser la chaîne de commandement russe. Avec les avions radars américains, il est facile de tracer un navire russe, de le pointer pour des missiles ukrainiens, et d’envoyer quelques drones au dessus de ce bateau pour faire diversion et « occuper » sa défense rapprochée avant de frapper avec des missiles. Bref, l’hypothèse du coup pendable de l’Otan ne fait guère de doute, et c’est une victoire maritime brillante mais aussi un message très clair adressé à la Russie. « Nous pouvons couler vos navires mêmes les plus gros », « nous n’avons pas peur ».

Alors il ne faut pas s’étonner que les Russes comprennent parfaitement le message que nous leur adressons sans que BFM ne s’en rende compte un seul instant, puisque la réflexion s’arrête à « Poutine est méchant ».

Sauf que ce n’est pas franchement le sujet.

Dire qu’Hitler était méchant n’a jamais empêché la Seconde Guerre mondiale !

Les Russes, en arrivent donc, logiquement, à la conclusion que l’Otan et l’Union Européenne ne laisseront pas la Russie prendre l’Ukraine.

En réalité, nous défendons l’Ukraine.

Est-ce bien ou mal ?

L’histoire jugera cela. 

Mais au moment où j’écris ces lignes, les Russes sont désormais conscients du fait que soit ils reculent, soit s’ils veulent prendre réellement l’Ukraine. Alors ils devront affronter plus frontalement et plus directement les forces de l’Otan, notre logistique, notre armement. Ils devront bombarder les trains et les approvisionnements logistiques, ils devront également tenir une guerre de longue durée.

Ils devront également accepter des coûts humains de plus en plus importants.

Poutine a misé.

L’Otan a suivi et relancé.

A la Russie de Poutine de relever encore les enchères. Si la Russie le fait, alors, oui, cela signifie et implique que nous ne sommes plus au bord de la Troisième Guerre mondiale

Cela veut dire que c’est la Troisième Guerre mondiale et que nous sommes en guerre contre la Russie.

Les gens, pour le moment, ne sont pas conscients réellement, de la gravité potentielle de la situation.

Mais cela changera très vite si la Russie de Poutine n’abandonne pas ses ambitions de souveraineté et d’indépendance.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !


Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.