Rendre les urgences payantes, la dernière idée révoltante de nos mamamouchis

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La France compte environ 650 services d'urgence.

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Ils sont, je le crois aussi indécrottables qu’irrécupérables ! De qui je parle ? De nos mamamouchis en général comme en particulier… Leur dernière idée qui tend vers les sommets insoupçonnés de la crétinerie est la suivante : « les urgences sont pleines, il n’y a qu’à les rendre payantes… pour tous ceux qui ne nécessiteront pas d’hospitalisation » !

C’est une vision qui repose sur la croyance de mamamouchis qui pensent que les gueux que nous sommes vont aux urgences par plaisir, parce que l’on s’ennuierait un peu, et que ne sachant pas quoi faire, nous irions nous divertir à faire la queue parfois 5 ou 6 heures rien que parce que l’on n’aurait rien à y faire.

Le critère d’énarque qui consiste à dire que si on n’est pas hospitalisé après un passage aux urgences c’est que l’on est fautif de les avoir encombrés parce que ce n’était pas bien grave n’est pas pertinent. Heureusement d’ailleurs que 90 % de nos passages aux urgences ne nécessitent pas une hospitalisation pour autant, il ne s’agit pas de passage à tort.

Il faut leur dire, aux vedettes des ministères et des Palais, que quand on va aux urgences, c’est parce qu’il n’y a nulle part où aller !

Je suis un « habitué » des urgences. Et oui, je le confesse, je bats ma coulpe, moi fautif et coupable. Je suis un mâle ayant des enfants, et les enfants, surtout mon petit dernier, s’ouvrent la tête régulièrement, histoire de faire trembler les grands… À chaque fois qu’il s’ouvre quelque part, je termine aux urgences appelé par l’école, pour faire un peu de couture. L’école ne me laisse pas vraiment le choix… Un bobo et hop, c’est le plan Orsec déclenché à chaque fois. Il faut dire que c’est principe de précaution de rigueur, et l’Etat demande aux écoles la plus grande prudence. Donc pour l’école, un bobo on va à l’hosto.

Ne dites pas aux gestionnaires de l’ARS qu’en plus, les horribles infirmières dépensières de part chez moi, s’amusent à prendre en radio Mickey… ça ne les ferait pas rire, mais sur les gosses que l’on recoud, le succès est garanti ! Alors effectivement, nous pourrions aller demander au boucher du rayon viande de mon Carrefour Market préféré (là où j’achète mes boites de raviolis) de me passer un peu de ficelle histoire de recoudre le petit à la façon gigot, mais non, je suis un sale con, je préfère aller encombrer les urgences avec mon fils pissant le sang…

Il faut un cadre cohérent. Généralement, on ne nous hospitalise pas, mais où voulez-vous aller pour des points de sutures (et ce n’est qu’un exemple) ? Il n’y a plus de médecins. Il n’y a plus de dentistes. Il y a des déserts médicaux partout dans ce pays, y compris maintenant dans les banlieues parisiennes. Nous marchons sur la tête autant que sur la dette !

Le problème n’est pas de faire payer les urgences alors que l’on a généralisé le tiers payant chez les généralistes, qui ne sont plus assez nombreux !!

Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut payer et je suis opposé au tiers payant sauf pour les plus pauvres d’entres nous qui ne peuvent effectivement pas avancer d’argent, pour le reste, il est important d’avancer pour avoir une idée du prix. Cette mesure pourrait donc se discuter si elle n’était pas évoquée dans un contexte qui la rend absurde et stupide.

Elle pourrait s’entendre si nous avions le choix. Si nous avions des médecins. Si nous payons par ailleurs les médicaments, ce qui n’est plus le cas… Elle pourrait s’entendre cette idée, si nous ne venions pas de dépenser 300 milliards d’euros pour sauver des entreprises – et il fallait le faire – pour sauver des emplois même si cela veut dire qu’il faut sauver des patrons (forcément vilains et méchants). Elle pourrait s’entendre si nous ne fermions pas de lits, si nous n’avions pas une crise sanitaire sans précédent.

Je pense donc que c’est une très mauvaise idée, sortie au très mauvais moment, alors que beaucoup de nos concitoyens sont poussés vers le chômage et la précarité. Que va-t-on leur dire ? Des milliards pour les entreprises et les banques, mais toi, petit chômeur, qui n’a plus de médecin parce que tu habites dans un désert médical tu vas payer encore plus pour te faire soigner… Je vous passe également, ceux qui s’engouffreront dans l’aide médicale aux étrangers qui « eux ne payent rien » !

C’est donc une mauvaise idée à tous les niveaux. Parce que ce n’est pas une mesure qui apaise, c’est une idée qui divise. Et le gouvernement serait bien inspiré de rétropédaler rapidement, parce que ce genre de mesure est de nature à allumer des mèches sociales inutiles.

Sinon, avant de vous quitter je vous partage un scoop. Lors de la fermeture de la maternité dans notre petit coin de Normandie sans médecin, les infirmières avaient réussi à radiographier des cerveaux de mamamouchis et de contrôleurs de gestion de l’ARS… Ne dites pas qu’elles affichent publiquement leur trophées en salle radio, il y aurait des mises à pieds immédiates !

Maintenant vous avez compris pourquoi notre pays en est là !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !


Charles Sannat

Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l'Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011.

Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com

Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.