Violences dans les banlieues : l'échec personnel de François Hollande 

La colère dans les banlieues est à la hauteur de l'espérance suscitée.

Le soir de sa victoire à la présidentielle de 2012, de nombreux jeunes de banlieue s’étaient rendus place de la République pour célébrer la victoire de leur champion. Mais, en 5 ans, qu’a fait concrètement François Hollande pour ces quartiers populaires ? Pas grand-chose.

François Hollande avait fait de nombreuses promesses pendant sa campagne. Il avait promis dans son engagement n° 30 de lutter « contre le 'délit de faciès' dans les contrôles d'identité par une procédure respectueuse des citoyens ». Dans son engagement n° 50, il s’engageait à accorder « le droit de vote aux élections locales aux étrangers résident légalement en France depuis cinq ans ».  Deux promesses qui n’ont pas été tenues.

Une campagne électorale tournée vers la banlieue

Lors d'un meeting à Aulnay-sous-Bois, le 7 avril 2012, il lançait face à ceux qui sont aujourd’hui en colère après l’arrestation violente de Théo : « Il y a eu tant de promesses, il y a cinq ans, du candidat qui fut élu, tant de désillusions, tant de déceptions, tant de trahisons. Pourquoi faudrait-il nous croire nous, quand lui a tout manqué, et d'abord manqué à ses promesses ? Je suis conscient que la parole politique a été abîmée, a été abaissée. Je veux convaincre ces électeurs que le changement c'est maintenant, et que le changement c'est possible ! »

Et plus tard : « Ne sous-estimez pas la force de votre décision. Avec le suffrage universel, une voix en vaut une autre. Et si certains sont plus riches que vous, vous vous êtes plus nombreux qu’eux ! »

Dans un clip de campagne, exhumé sur les réseaux sociaux par le journaliste Axel Roux, on voyait le candidat Hollande se rendre à Creil, Les Ulis, Clichy Sous-Bois, Aubervilliers mais aussi Aulnay-sous-Bois. « Vous êtes une chance pour la France », lançait-il face à une banlieue souriante. « Big-up François Hollande ! », « François président Inch'Allah », « Je n’ai jamais voté de ma vie mais là je vais voter François Hollande, Inch'Allah », lui répondent ces jeunes, carte électorale à la main. Cette campagne avait payé, au 2nd tour de l’élection présidentielle, François Hollande obtenait 65 % des voix en Seine-Saint-Denis.

Pour quel résultat ?

5 ans plus tard les grandes promesses de sa campagne n’ont pas été tenues, pire, le chômage a augmenté, notamment dans les quartiers les plus populaires. Le taux de chômage flirte avec les 30 % dans les banlieues quand il est de 10 % sur le reste du territoire. La promesse de rétablir la police de proximité, supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003, a elle aussi été abandonnée.

Si François Hollande ne peut pas être tenu comme seul responsable des émeutes qui secouent la banlieue parisienne depuis deux semaines, force est de constater qu’il a sa part. « Des mots sont venus fracturer », explique, pour le JDD, Mohamed Mechmache, président d'AC le Feu (collectif créé après les émeutes de 2005). « On a vécu des moments difficiles, des paroles blessantes, des lois comme la déchéance de nationalité, on a beaucoup parlé de laïcité, le terme a été galvaudé… » Et d’ajouter : « Ce qui avait été promis, ils n'ont même pas essayé de le mettre en place. C'est un vrai rendez-vous manqué pour la gauche. »


Marine Tertrais

Marine Tertrais est journaliste à Economie Matin depuis 2015, après être passée successivement par Jol Press, et Atlantico.