Sarah Knafo, une jeune énarque de droite discrète et influente

Sarah Knafo, devant Sciences Po Paris.

Récemment mise à l'honneur par la presse pour ses relations à droite, qui est Sarah Knafo, une jeune femme de 26 ans, discrète, jusque-là inconnue du grand public ? Au CV impressionnant, affichant Sciences Po et l'ENA, elle a des engagements variés et entretient un réseau éclectique et puissant. Décryptage.

Tout commence à Sciences Po…

Une simple recherche Google sur Sarah Knafo fait ressortir les nombreuses tribunes qu'elle a pu rédiger, notamment dans le Figaro, pour défendre l'État et l'indépendance de la France. Sur internet, on retrouve également une photo de la jeune femme avec Henri Guaino , prise à l'occasion d'une conférence sur l'avenir européen de la France à Sciences Po. Un article récemment paru nous apprend qu'après avoir travaillé pour lui, devenue férue de politique, elle est restée amie avec l'ancien conseiller de Sarkozy. C'est à Sciences Po qu'elle se constitue une partie de son puissant réseau politique. Alors qu'elle est étudiante au sein du master « affaires publiques », elle se distingue par sa participation active à « Critique de la raison européenne », une association d'étudiants œuvrant à l'indépendance de la France ainsi qu'à la critique de l'Union européenne. Grace à son engagement associatif, outre Henri Guaino pour lequel elle travaillera, elle rencontre également Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires étrangères, qui va contribuer à sa formation intellectuelle, mais aussi Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray, comme nous le raconte un de ses amis de l'association. Elle devient aussi très proche de Marie-France Garaud, depuis leur rencontre en 2015 lors d'un colloque également organisé par son association. L'ancienne conseillère de Pompidou est impressionnée par la détermination et la puissance de travail de Sarah Knafo à qui elle confie, « Vous me faites penser à moi plus jeune ». Cet évènement est le début d'une relation forte ; elles échangent des textes, elles se voient le dimanche pour discuter autour d'un thé et Marie-France Garaud la conseille et lui explique ce qu'implique d'être une femme en politique, pour le meilleur et pour le pire.

Le gout du service public

À Sciences Po, elle mène de front sa scolarité et une vie professionnelle dense, à l'Assemblée nationale puis à la préfecture de la Seine-Saint-Denis où elle se forme, auprès du préfet, à l'ordre public et à la sécurité. Elle y noue, très jeune, de solides amitiés au sein de la police et au ministère de l'Intérieur avec des haut gradés qui la suivront tout au long de son parcours. Après Sciences Po, Sarah Knafo décide de devenir haut-fonctionnaire. Elle, qui proclamait dans une vidéo être « une passionnée et une amoureuse de la France », met en adéquation ses idées avec ses actes en décidant de consacrer sa vie professionnelle à servir le pays. Elle passe alors le très sélectif concours de l'ENA. Reçue, elle en sort dans les premiers, ceux qui ont accès aux grands corps, et intègre la Cour des Comptes. Selon l'Obs , elle propose le nom « Bonaparte » pour sa promotion de l'ENA mais échoue à l'imposer, même si elle est loin d'être la seule à défendre des opinions droitières parmi ses amis énarques, à en croire l'Express. Elle laisse de bons souvenirs partout lors de ses stages, à l'ambassade de France en Libye, à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et chez Publicis où, là aussi, elle noue d'excellentes relations. « Sarah, c'est une machine ! A la fois très technique et très brillante, elle comprend vite, elle travaille vite, elle organise tout facilement. », confie l'un de ses anciens collègues, fonctionnaire.

Aujourd'hui magistrate, elle est également maître de conférences en droit constitutionnel et institutions de la Vème République à l'IEP de Paris. Comme on peut le voir sur son compte LinkedIn, lors du premier confinement, elle demande à être mise à disposition du ministère de l'Intérieur pour aider les services de l'État en Seine-Saint-Denis pendant la crise sanitaire. Elle en sortira honorée de la médaille pour acte de courage et de dévouement. « Au-delà de son immense sens de l'État, Sarah dispose d'une intelligence et d'une puissance de travail impressionnantes », dit d'elle son ancien patron, préfet, qui fut aussi directeur des stages de l'ENA et qui a pourtant vu passer des dizaines de promotions de jeunes énarques. « C'est une vraie républicaine. Elle a des opinions politiques, bien sûr, mais elle n'en fait jamais état dans son travail. Dans les Pyrénées-Atlantiques, elle était adorée de tous, des éleveurs au ministre avec qui elle avait sympathisé lors d'une visite. Je n'ai jamais vu autant d'élus et d'officiels présents pour le pot de départ d'un stagiaire ! », ajoute-t-il.

Des engagements associatifs parallèles

Haut-fonctionnaire à temps plein et très discrète sur ses fonctions professionnelles, Sarah Knafo n'en oublie pas pour autant ses engagements associatifs et littéraires. « On a l'image d'une fille ambitieuse qui réussit jeune et vite, mais Sarah est avant tout une fille de son âge, qui travaille, qui voit son copain, qui fait la fête avec ses amis, une personne généreuse dans sa vie intime comme dans ses engagements ! », dit l'une de ses camarades de prépa aujourd'hui avocate. En 2020, elle lance une association consacrée à développer le goût de la lecture. Cette association prend la forme d'un service gratuit de recommandations de lectures. Avec ses amis avocat, et auteur de romans policiers, ils fondent bénévolement Alexandre & Aristote dans l'espoir de donner à tous un accès facilité à la lecture. Ce projet est soutenu par des personnalités aux opinions politiques variées, comme Bertrand Périer, célèbre avocat et professeur d'éloquence, Gaspard Gantzer, l'ancien conseiller de François Hollande, Hubert Védrine et Jack Lang, anciens ministres socialistes, Eric Naulleau, Aurélien Taché, député LREM ou encore Thierry Meignan, maire du Blanc-Mesnil (LR) qui semble avoir soutenu le projet depuis sa naissance .

Les premières expositions médiatiques

Si l'Express dit d'elle qu'elle fuit la lumière, les caméras et demande aux journalistes de ne jamais citer son nom, cela n'a pas empêché la presse de s'intéresser à elle. Son nom apparaît une première fois dans l'environnement médiatique autour de la droite hors les murs. La presse se fait l'écho de l'influence politique de Sarah Knafo sur Eric Zemmour dans le cadre d'une potentielle candidature à l'élection présidentielle de celui-ci. Elle connait le polémiste depuis son adolescence. À une génération d'écart, ils ont suivi le même parcours d'assimilation, ils partagent le même goût de l'histoire et de la littérature, ils sont tous deux originaires du 93 et leurs familles, de même confession, se connaissent. Lui respecte son intelligence et son sens politique. Il fait donc confiance à son jugement, même s'il a la réputation d'être un solitaire qui n'écoute personne. Alors, quand l'idée d'une candidature effleure l'entourage de Zemmour, elle est là, elle le conseille, organise des rencontres avec des personnalités, même si à la lecture de l'Express on pourrait avoir le sentiment qu'elle fait plutôt partie de ceux qui le dissuadent d'y aller.

Sarah Knafo peut-elle se résumer à ça ? Proche d'un ancien ministre socialiste, d'une conseillère de Pompidou ou d'un conseiller de Nicolas Sarkozy, de Vedrine à Guaino en passant par Marie-France Garaud et Eric Zemmour, la jeune femme est éclectique et ses engagements variés. C'est probablement une personnalité à suivre, que nous retrouverons dans les combats politiques de demain…


Marie-Eve Wilson-Jamin

Journaliste depuis dix ans, j'essaie de transmettre ma passion pour l'actualité au quotidien. Je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.