JO de Paris 2024 : sur la Seine, des « taxis volants » élitistes plutôt que des navettes fluviales pour tous ?

A quelques mois de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, la question des transports cristallise les tensions dans la capitale française. Entre retards annoncés sur les transports publics et projets élitistes de « taxis volants », certains élus dénoncent une mobilité à deux vitesses. Pendant ce temps, les autorités portuaires semblent vouloir entraver l’arrivée d’un nouveau service de navettes fluviales sur la Seine, dont le déploiement se heurte à la résistance des dirigeants d’Haropa Port.

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Par Rédacteur Publié le 28 novembre 2023 à 15h24
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« On ne va pas être prêts ». Suffisamment rare dans la bouche d’un responsable politique pour mériter d’être relevé, cet aveu d’impuissance est signé Anne Hidalgo. La maire de Paris, qui s’exprimait le 22 novembre sur le plateau de l’émission Quotidien, a estimé que les transports publics franciliens étaient, pour l’heure, loin d’atteindre la fréquence, la ponctualité et le niveau de confort attendus pour les prochains Jeux olympiques (JO), qui se tiendront dans la capitale française l’été prochain. Si le gouvernement, pointé du doigt par l’édile parisienne, n’a pas manqué, par la voix du ministre des Transports Clément Beaune, de condamner la déclaration d’Anne Hidalgo, force est constater que le sujet demeure, à quelques mois du début des épreuves, un motif d’inquiétudes.

Y aura-t-il assez de trains, de bus et de RER pour transporter les sportifs et les spectateurs sur les lieux des épreuves ? La ville de Paris verra-t-elle se multiplier les embouteillages monstres à l’occasion des JO 2024 ? Comment expliquer qu’à quelques mois seulement d’un évènement prévu depuis des années, une capitale mondiale comme Paris ne parvienne pas à rassurer sur un sujet aussi essentiel que celui des transports ? Et, surtout, pourquoi les décideurs publics semblent-ils préférer des projets pour happy few à des solutions de transports en commun véritablement à-même de répondre à la demande des voyageurs ?

Oui aux hélicos privés, non aux bateaux électriques : les contradictions d’Haropa

Depuis plusieurs mois, les médias et certains élus parisiens se font ainsi l’écho de l’arrivée annoncée de « taxis volants » lors des JO de l’été prochain. Des mini-hélicoptères électriques pourraient survoler la capitale, transportant, pour la modique somme de 140 euros, leurs passagers d’un « vertiport » à un autre. Un projet un peu fou, dont certains élus du Conseil de Paris n’ont pas manqué de souligner le caractère dangereux, élitiste et anti-écolo. Mais qui pourrait bientôt recevoir l’aval du ministre des Transports Clément Beaune et a déjà reçu celui d’Haropa Port, l’entité administrative qui dépend du même ministre, pour faire atterrir les fameux taxis volants sur une piste posée, près de la gare d’Austerlitz, sur une barge sur la Seine. Le « séparatisme social », pour reprendre la formule d’un élu communiste de Paris, officiellement sponsorisé par l’État et l’organisme de gestion portuaire de la Seine.

« Gadget inutile, polluant et réservé aux ultra-privilégiés », d’après un autre élu parisien, le futur taxi volant semble pourtant, et en dépit des vives critiques qu’il soulève y compris au sein de la population, bénéficier d’une mansuétude politique qui fait défaut à d’autres porteurs de projet. A l’image de RiverCat, une start-up qui souhaite lancer un nouveau service de transport fluvial d’ici aux JO mais qui se heurte à une série d’obstacles difficilement justifiables. Pour faire accoster ses navettes électriques à Beaugrenelle, aux Invalides ou devant la Bibliothèque nationale de France, la société a besoin de l’accord d’Haropa Port, le même gestionnaire qui a autorisé les « taxis volants » à utiliser ses pontons. Mais l’établissement public, dont le président, Stéphane Raison, est nommé par le gouvernement, semble ne pas voir d’un bon œil l’arrivée de ce nouvel acteur et refuse, pour le moment, d’accéder aux demandes de RiverCat, alors même que la société a été lauréate de l’appel à projets lancé par Voies navigables de France et l’Agence de l’innovation dans les transports pour des « démonstrateurs de bateaux autonomes décarbonés » pour les Jeux de Paris 2024.

La Seine, otage de possibles « conflits d’intérêts » ?

Et pour cause : au sein d’Haropa siègent plusieurs personnalités qui n’ont, a priori, aucun intérêt à se voir disputer des parts de marché par de nouveaux entrants. Ainsi, par exemple, d’Arnaud Daniel, qui dirige la toute puissante compagnie des Batobus disposant du monopole de l’accès aux pontons parisiens. Ou encore d’Olivier Jamey, le président de la Communauté portuaire de Paris (CPP) et patron de plusieurs entreprises de transport fluvial – mais aussi co-fondateur d’InfluenSeine, une croisière huppée qui accueillait, du 23 au 25 novembre, tout le gratin du secteur fluvial en compagnie de poids lourds de la vie politique : Anne Hidalgo, l’ancien premier ministre Edouard Philippe, le préfet de région Marc Guillaume, ou encore Clément Beaune lui-même.

Faut-il, dès lors, voir un simple hasard dans le fait que le ministre des Transports se positionnerait, comme croit le savoir la rédaction de La Lettre, « dans le sillage d’Haropa sur le dossier RiverCat » ? Les bâtons mis dans les roues de RiverCat reflèteraient-ils les « risques de conflit d’intérêts » pointés par la Cour des comptes dans un rapport sur Haropa datant de 2016 ? Dans un livre paru il y a quelques mois, un ancien du directoire d’un Grand port maritime (GPM), sous le pseudonyme de Paul-Antoine Martin, évoquait aussi « l’entre-soi étouffant et infécond » qui prévaudrait au sein du corps des Ponts, coupable, selon l’auteur, de ne chercher qu’à maintenir ses privilèges au détriment de l’intérêt général.

Quoi qu’il en soit, le projet de navettes électriques a reçu une partie des autorisations nécessaires, ainsi que le soutien d’une trentaine d’élus franciliens qui se félicitent de ce nouveau mode de transport écolo. Selon La Lettre toujours, « en réalité, l’antenne parisienne d’Haropa, chapeautée par Antoine Berbain sous l’égide du directeur général de l’établissement Stéphane Raison, joue la montre », et entendrait organiser la procédure après les JO. Soit trop tard pour offrir au public des Jeux une nouvelle solution de transport décarbonée, mais aussi sans doute trop tard pour RiverCat, dont la survie dépend d’une ouverture avant l’évènement sportif.

Alors que la Seine sera le théâtre de la pharaonique cérémonie d’ouverture des JO 2024, symbolisera-t-elle aussi, pour le monde entier, l’incapacité des dirigeants français à ouvrir la voie à des transports efficaces et accessibles à tous ? La balle est dans le camp du successeur potentiel d’Anne Hidalgo, Clément Beaune, qui ne fait pas mystère de ses ambitions pour l’Hôtel de Ville.

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