Éducation : Oudéa-Castéra, une polémique qui en dit long…

Il n’aura fallu qu’un seul déplacement à la ministre de l’Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra, pour susciter la polémique. Nommée jeudi 11 janvier 2024, la nouvelle ministre a effectué un premier déplacement, vendredi 12 janvier 2024, dans un collège situé dans les Yvelines, suscitant une vive polémique concernant la scolarisation de ses enfants. Une polémique qui a jeté un voile sur le fond du sujet qui se cachait pourtant bien derrière les déclarations d’Amélie Oudéa-Castéra.

Axelle Ker
Par Axelle Ker Modifié le 16 janvier 2024 à 12h05
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La ministre de l'Éducation s'empêtre dans la polémique

L'heure de gloire de la nouvelle ministre de l'Éducation nationale, qui s'était félicitée d'avoir été nommée à un « super ministère » en plus de celui de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques, aura été de courte durée. Lors de son premier déplacement en compagnie de Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra a dû se justifier publiquement, suite à une enquête de Mediapart. Ce qui lui est reproché ? D'avoir scolarisé ses trois enfants dans le prestigieux collège privé de Stanislas (6ᵉ arrondissement de Paris), plutôt que dans l'école républicaine. La ministre avait alors expliqué que son choix avait été motivé par « des paquets d'heures pas sérieusement remplacées » dans l'école publique Littré (7ème arrondissement). Ajoutant par la suite qu'elle en avait « eu marre, comme des centaines de milliers de familles qui, à un moment, ont fait un choix d’aller chercher une solution différente ». Une déclaration qui est loin d'être passée inaperçue dans les rangs de l'école de la République. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, le principal syndicat du second degré, s'était empressée de réagir sur FranceInfo en fustigeant les allégations de la ministre : « Ce sont des propos provocateurs et scandaleux qui montrent certainement les limites d’une ministre qui, dès sa première sortie, réussit l’exploit de marquer un but contre son camp ». La ministre avait alors tenté, par le biais d'un communiqué transmis par l'AFP, de calmer le jeu en arguant qu'elle serait « toujours à [leurs] côtés » et qu'elle regrettait que ses propos aient pu blesser certains enseignants de l’enseignement public.

Mais c'était sans compter sur le témoignage d'une ancienne institutrice qui a confirmé auprès de Libération que la décision de la ministre de changer ses enfants d'établissement était non pas due à l'absentéisme des enseignants, mais à un refus de saut de classe pour son aîné. Une contradiction qui a provoqué une vive réaction des syndicats enseignants et des personnalités politiques. Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU, a qualifié les propos de la ministre de « double faute » et de « provocation ». Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, a déclaré sur FranceInfo que le « mensonge » d'Oudéa-Castéra la « disqualifie de son poste », ajoutant que les « jours passent et les mensonges s’accumulent ». Ces critiques ont amplifié la pression sur la ministre, poussant certains à réclamer sa démission tant à droite qu'à gauche de l'échiquier politique. Ce lundi 15 janvier 2024, la ministre a demandé à « clore le chapitre des attaques personnelles », ajoutant par la suite : « Je crois en l'école de la République, je crois en l'école publique, je crois qu'il faut que nous ayons tous beaucoup d'ambition pour elle ». Elle recevait ce lundi les syndicats d'enseignants qui font peser une menace de grève les 25 janvier et 1ᵉʳ février 2024. Les discussions se poursuivront mardi 16 janvier 2024.

Premier aveu de faiblesse d'Amélie Oudéa-Castéra ?

La polémique qui touche la scolarisation des enfants de la ministre de l'Éducation nationale tient en ce qu'elle lance, une fois de plus, l'opprobre sur l'enseignement privé. Une coutume pour Mediapart qui n'a pas hésité à désigner Stanislas comme étant un établissement  « ultra réac » qui promeut une « vision sexiste, homophobe et autoritaire ». La guerre entre l'école de la république et l'école privée se trouve ainsi relancée. Rien de très étonnant de la part de Mediapart qui se fait héritier de Jules Ferry qui souhaitait « purger la nation » de l'enseignement catholique par le biais de l'école publique, créée en 1882. La critique lancée contre l'école privée sous contrat concerne avant tout leurs frais de scolarité et leurs financements publics qui s'élèvent à 73 %. Ces financements publics sont encadrés par la loi Debré depuis 1959 et sont justifiés par le fait que ces dernières sont tenues d'appliquer le programme de l'Éducation nationale. C'est surtout la réussite de l'enseignement privé qui est pointé du doigt. Et pour cause... Les résultats de l'étude menée par Denis Fougère, Olivier Monso, Audrey Rain et Maxime Tô, Qui choisit l’école privée, et pour quels résultats scolaires ?, Éducation & Formations, n° 96, de décembre 2017, indique que : « pour des élèves ayant des parents peu diplômés, ou pour lesquels les chefs d’établissement ont signalé des acquis faibles à l’entrée au collège, la scolarisation dans le privé est associée à une probabilité plus forte d’accéder à l’enseignement supérieur. Pour les élèves les plus favorisés socialement ou scolairement, toutefois, la scolarisation dans le privé n’a pas d’impact significatif. »  Et si cela ne suffisait pas, selon le classement de l'Étudiant de 2022, sur les 25 meilleurs lycées, plus de la moitié sont des établissements privés. Les résultats du bac entre ces deux types d'enseignements vont également en ce sens : le taux de réussite s'élève à 98,2 % en moyenne pour le privé, contre 93,9 % pour le public.

Dans les faits, les critiques à l'égard de l'enseignement privé ne font que mettre en lumière l'échec du collège unique créé par la loi Haby en 1975. Son objectif, qui était de démocratiser l'enseignement secondaire, était louable. Mais il n'a fait que creuser les inégalités entre les élèves et abaisser le niveau scolaire général, année après année. Le dernier classement de PISA publié le 5 décembre 2023 est sans appel. La France a chuté à la 26ᵉ place en mathématiques et en sciences, et à la 29ᵉ place en lecture. À titre de comparaison, et sans remonter aux calendes grecques, les élèves français détenaient la 15ᵉ place en lecture, la 11ᵉ en mathématiques et la 13ᵉ en sciences en 2000. Le fond du sujet est bien la chute drastique du niveau scolaire français, notamment au sein de l'école publique. Malheureusement, nos politiques refusent de nommer le mal et plient le genou devant une certaine gauche, en grande partie responsable de ce désastre, et qui privilégie, encore et toujours, l'égalité à la méritocratie. Si notre nouvelle ministre copie pour le public ce qui fonctionne pour le privé, il y a de forte chance de voir apparaître enfin la sortie du tunnel, encore faut-il que les syndicats l’y autorise. Pour mémoire, les fameux hussards de la république, nos premiers instituteurs, avaient copié servilement l’enseignement catholique, à l’exception évidemment du religieux qu’il leur fallait combattre.

Axelle Ker

Diplômée en sciences politiques et relations internationales, journaliste chez Économie Matin & Politique Matin depuis septembre 2023.

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