Attal : un grand oral qui a du mal à passer

Gabriel Attal, le nouveau Premier ministre, a exposé sa feuille de route devant l’Assemblée nationale à l’occasion de son discours de politique générale, mardi 30 janvier 2024. Ce grand oral, balayant un large éventail de sujets – de l’agriculture à l’éducation, en passant par la santé et l’économie – n’a pas manqué de susciter de vives réactions de la part de la classe politique qui semble loin d’avoir été convaincue par le Premier ministre.

Axelle Ker
Par Axelle Ker Modifié le 1 février 2024 à 9h13
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L'agriculture est « l'un des fondements de notre identité, de nos traditions

Au vu du mouvement des agriculteurs en colère, Gabriel Attal n'avait d'autre choix que de mettre l'agriculture au centre de son discours de politique générale, considérant qu'elle est « l'un des fondements de notre identité, de nos traditions ».  Le Premier ministre a annoncé des mesures visant à réduire la bureaucratie qui asphyxie les agriculteurs, notamment par la suppression prochaine de dix normes administratives. Le Premier ministre a indiqué par ailleurs la création d'un fonds d'urgence, destiné aux viticulteurs, et qui sera très prochainement débloqué, ainsi que la mise en place d'un système de traçabilité pour les produits extra-européens.

Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'Agriculture, a exprimé auprès de nos confrères de BFMTV ses regrets que cela ne soit rien d'autre qu'« une somme de mesures qui s'alignent sans aucun diagnostic » Gabriel Attal avait pourtant bien tenté de séduire les professionnels du secteur en évoquant l'« exception agricole française ». Une logorrhée qui n'a aucunement convaincu le monde agricole. La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, estime qu'il n'y avait en ces annonces  « aucun engagement (...) pour ouvrir un chantier sur l'interdiction d'achat en dessous du prix de revient de nos produits agricoles ». Le syndicat s'est engagé à poursuivre les manifestations et « appelle à orienter les mobilisations en bloquant les lieux où s'exerce cette pression sur nos prix : centrales d'achats (plateforme logistique de la grande distribution), marchés de gros, industries agroalimentaires et autres prédateurs de la valeur ».

Il faut « dé-smicardiser » la France

Le Premier ministre a affirmé sa volonté de « dé-smicardiser » la France, c'est-à-dire, selon lui, de faire en sorte que le travail soit mieux rémunéré et plus attractif que l'inactivité. Dans cette optique, le locataire de Matignon a confirmé une baisse d'impôts de 2 milliards pour les classes moyennes afin d'augmenter leur pouvoir d'achat. Il a par ailleurs appuyé la réforme de l'assurance-chômage, initiée par son prédécesseur Elisabeth Borne, avec notamment la suppression de l'Allocation spécifique de solidarité (ASS), de la relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU) ainsi que le conditionnement du RSA à 15 heures d'activité d'insertion.

Des axes qui sont loin d'avoir fait l'unanimité au sein de la gauche de l'échiquier politique. Le secrétaire général du Parti Communiste, Fabien Roussel, a fustigé le discours du Premier ministre comme étant « très libéral » ajoutant « Ce n’est pas Gabriel Attal qu’on a entendu, c’est Gabriel Thatcher. C’est un discours très libéral qui a été prononcé. »

Il faut « réarmer » notre système de santé

Gabriel Attal se concentre également sur le système de santé, cherchant à le « réarmer » par des initiatives telles que la régularisation des médecins étrangers et la nomination d'un émissaire pour attirer des talents médicaux internationaux. La santé mentale devient par ailleurs une priorité gouvernementale, avec des augmentations tarifaires pour les consultations psychologiques et des primes pour les infirmières scolaires, complété par la revalorisation de leur salaire.

Le locataire de Matignon a annoncé une réforme de l'AME (aide Médicale d'État) d'ici à la fin de l'été 2024 par voie réglementaire, et non par une loi. Une initiative vue comme une « trahison » pour le président des Républicains et député des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, pour qui la loi immigration a encore un goût amer. Ce dernier a, lui aussi, déploré « une addition de petites mesures, mais pas l'addition de grandes réformes ».

Pour un « choc des savoirs » dans l'éducation

Pour l'éducation, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d'un « choc des savoirs ». Les redoublements seront désormais à la discrétion des équipes pédagogiques, et les groupes de niveaux seront introduits dans les collèges dès cette année.

Ces mesures, selon le Rassemblement national, vise à instaurer un « modèle endogamique et oligarchique », pour reprendre les propos de Marine Le Pen, faisant ainsi écho à la polémique qui entoure la ministre de l'Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra. La figure de proue du parti a estimé auprès de BFMTV que Gabriel Attal « tente d’allier un peu de droite et un peu de gauche », mais qu'in fine, il « s'accommode du pire de la droite et du pire de la gauche ».

Il faut « geler les avoirs des trafiquants de drogue identifiés »

En matière de sécurité, Gabriel Attal a annoncé son intention de doubler la présence policière d'ici à 2030. Les Forces d'actions républicaines seront déployées dans plusieurs villes françaises dès février 2024. La lutte contre les stupéfiants et les trafiquants de drogue est également un axe majeur pour le nouveau Premier ministre s'est fait écho des déclarations du Président (janvier 2024) en réaffirmant la mise en place de « dix opérations place nette » par semaine et son intention de « geler les avoirs des trafiquants de drogue identifiés ».

Le locataire de Matignon a aussi précisé qu'il allait recruter davantage de greffiers et de magistrats qui sont déjà surchargés. Il vise également à optimiser le traitement des dossiers judiciaires : « désormais, les Français ne seront plus convoqués sur des créneaux pouvant courir sur une demi-journée entière, mais sur un créneau horaire bien défini ».

Une « débureaucratisation »  et une « simplification » pour le logement

Dans son discours de politique générale, Gabriel Attal a abordé avec attention le secteur du logement, reconnaissant les défis majeurs auxquels la France est confrontée dans ce domaine. Le Premier ministre s'est concentré sur la simplification de l'accès à MaPrimeRénov', afin d'encourager la rénovation énergétique des logements. Pas de mesure donc concernant le DPE ni le calendrier sur l'interdiction des passoires thermiques, qui concerne pourtant 4,8 millions de logements en France, soit 15,7% de parc locatif.

Le Premier ministre a par ailleurs annoncé que 30.000 logements allaient être construits d'ici à 2027 dans « 20 territoires engagés pour le logement » et qu'il était nécessaire de « débureaucratiser »  le secteur pour faciliter la relance du marché.  « C’est une catastrophe », a estimé la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, « il nous annonce la création de 30 000 logements alors que la Fondation Abbé-Pierre affirme qu’il en faudrait entre 300 000 et 400 000.»

Pour une « écologie populaire »

Concernant l'écologie et tentant de faire un clin d'œil aux agriculteurs, Gabriel Attal s'est mis en défenseur d'une écologie de croissance, à l'opposé de l'écologie punitive qui amènerait selon lui à « la fin de notre modèle social ».  Le Premier ministre a aussi annoncé la création d'un service civique pour 50.000 jeunes et a tenu à réaffirmer son engagement pour le développement du nucléaire qui est « une fierté française ».

Le Premier ministre, ayant choisi de ne pas solliciter un vote de confiance à l'Assemblée nationale, se retrouve confronté à une motion de censure. Cette dernière, initiée par plus de 140 députés de gauche, sera examinée dans les prochains jours.

Axelle Ker

Diplômée en sciences politiques et relations internationales, journaliste chez Économie Matin & Politique Matin depuis septembre 2023.

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