Harcèlement scolaire : quand le rectorat abandonne les victimes

Nicolas, un adolescent de 15 ans, a mis fin à ses jours, laissant derrière lui une famille dévastée et une nation en émoi. Mais c’est une lettre du rectorat qui a mis le feu aux poudres, révélant les profondes failles d’un système censé protéger nos enfants.

Adelaide Motte
Par Adélaïde Motte Modifié le 18 septembre 2023 à 14h53
Harcelement Scolaire

Le harcèlement scolaire cause une énième tragédie

Le 5 septembre dernier, Poissy était le théâtre d'un drame qui a ému la France entière : Nicolas, un adolescent de 15 ans, mettait fin à ses jours. Derrière ce geste désespéré, une histoire de harcèlement scolaire qui a duré des mois, voire des années. La douleur des parents est incommensurable et d'autant plus vive qu'ils avaient alerté à plusieurs reprises les autorités scolaires sur le harcèlement que subissait leur fils.

Les chiffres sur le harcèlement scolaire sont alarmants. Selon une étude de 2018, près de 10% des élèves de collège déclarent avoir été victimes de harcèlement. Ces chiffres, bien que préoccupants, ne reflètent que la partie émergée de l'iceberg. Beaucoup de cas restent non signalés, par peur des représailles ou par honte. La tragédie de Nicolas rappelle cruellement que le harcèlement peut avoir des conséquences fatales. Les associations de lutte contre le harcèlement scolaire appellent à une action concrète et à une meilleure formation des enseignants et des administrateurs pour prévenir de telles tragédies à l'avenir.

Le rectorat : incapable ou coupable ?

La lettre du rectorat de Versailles adressée aux parents de Nicolas a suscité l'indignation. Dans ce courrier, l'administration « réprouve » l'attitude des parents qui avaient informé le proviseur du harcèlement subi par leur fils. Dans cette lettre, le rectorat reprochait aux parents de Nicolas d'avoir « remis en cause » l'attitude des personnels de l'établissement et les mettait en garde contre les risques pénaux d'une dénonciation calomnieuse. Le ton employé, les références à des articles de loi et les menaces de plainte ont été perçus comme une tentative d'intimidation. Gabriel Attal, lors d'un point presse, a qualifié ce courrier de « honte » et a annoncé un audit dans tous les rectorats concernant les cas de harcèlement signalés.

Au cœur de cette affaire, la figure de la rectrice de l'académie de Versailles est particulièrement scrutée. Issue de la même promotion de l'ENA, elle entretiendrait des liens étroits avec le président Emmanuel Macron, ayant travaillé à ses côtés lors de son passage au ministère de l'Économie. D'aucun se demandent si elle ne sera pas recasée dans un poste au moins aussi lucratif, et ce malgré sa possible responsabilité dans la mort de Nicolas, au nom de ses liens avec le Président.

L'affaire du jeune Nicolas rappelle, par certains aspects, le drame de Samuel Paty, ce professeur assassiné en 2020 après avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Dans les deux cas, l'administration semble avoir manqué de soutien envers les victimes, préférant prôner le "pas-de-vague". Cette tendance à minimiser les problèmes pour éviter les conflits est largement critiquée, car elle laisse les victimes sans défense face à leurs agresseurs.

Adelaide Motte

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023. Suivez-la sur Twitter @Adelaide_Motte

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