Les lycéennes en abaya auraient-elles pu tuer Samuel Paty ?

Lors de son interview sur la chaîne Hugo Décrypte, Emmanuel Macron a rapproché l’assassinat de Samuel Paty des lycéennes portant l’abaya. Beaucoup s’offusquent de ce qu’ils considèrent comme un amalgame.

Adelaide Motte
Par Adélaïde Motte Publié le 5 septembre 2023 à 16h40
Samuel Paty

Un rapprochement controversé

Lors d'une récente interview donné à Hugo Travers sur sa chaîne YouTube Hugo Décrypte, le président Emmanuel Macron a fait un parallèle entre l'interdiction de l'abaya à l'école et l'assassinat tragique de Samuel Paty. « On ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas eu d'attaque terroriste et l'assassinat de Samuel Paty dans notre pays », a-t-il déclaré. Cette déclaration a suscité de vives réactions dans le paysage politique français.

Plusieurs personnalités politiques ont exprimé leur mécontentement face à ce rapprochement. À gauche, les critiques ont fusé, accusant le président de faire un "amalgame" entre celles qui portent l'abaya et les terroristes. Certains ont même parlé de "honte" et d'"instrumentalisation" de la mémoire de Samuel Paty à des fins politiques. Les réseaux sociaux ont également été le théâtre de débats animés, reflétant la division de l'opinion publique sur cette question.

L'assassinat de Samuel Paty, un traumatisme

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, au collège du Bois-d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, a présenté à ses élèves, lors d'un cours sur la liberté d'expression en octobre 2020, des caricatures de Mahomet publiées par le journal Charlie Hebdo. Bien qu'il ait proposé aux élèves que cela aurait pu choquer de quitter la salle, dans une logique bienveillante, cette initiative pédagogique a suscité la colère d'une élève, qui n'était d'ailleurs pas présente. Elle a rapporté à son père une version déformée des faits. Celui-ci, indigné, a alors posté une vidéo sur les réseaux sociaux dénonçant l'acte de l'enseignant et répétant qu'il ne « devait pas s'en tirer comme ça ». La vidéo est rapidement devenue virale, alimentant une polémique et une campagne de haine en ligne, à l'occasion de laquelle certains internautes ont pu diffuser certaines informations sur Samuel Paty, notamment son adresse. Quelques jours plus tard, le 16 octobre, l'enseignant a été sauvagement assassiné par un terroriste tchétchène de 18 ans, près de son établissement scolaire.

Le drame pourrait n'avoir rien à voir avec l'interdiction de l'abaya. Néanmoins, au fil des années, certaines revendications émanant de membres de la communauté musulmane en France ont émergé, reflétant une volonté d'adapter certains aspects de la vie quotidienne à leurs pratiques religieuses. Parmi ces demandes, on note la création de salles de prière dans les lieux publics ou les entreprises, l'introduction de menus halal dans les cantines scolaires, ou encore l'aménagement d'horaires spécifiques dans les piscines municipales pour permettre aux femmes musulmanes de nager à l'écart des hommes.

Ces revendications sont souvent présentées comme des mesures d'inclusion et de respect des croyances religieuses. Cependant, lorsqu'elles sont refusées ou critiquées, certains y voient une forme de discrimination ou d'islamophobie. Or, sachant que Samuel Paty a été assassiné après avoir été accusé d'islamophobie, les critiques de la communauté musulmane autour de l'interdiction de l'abaya posent question sur la sécurité des proviseurs qui appliquent la loi.

Adelaide Motte

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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