Parité homme-femme : la France « bon élève, mais peut mieux faire »



La route est encore longue pour garantir l’égalité réelle entre les hommes et les femmes dans le monde des affaires. Déclarée grande cause nationale par Emmanuel Macron lors de son arrivée aux commandes, la parité progresse du côté de la rémunération, mais piétine encore du côté de l’accès aux postes à responsabilité. Et au plus haut de l’échelle, à la tête des entreprises du CAC 40, on ne trouve qu’une seule femme, face à trente-neuf hommes…

La parité homme femme : Emmanuel Macron en a fait une des grandes causes de son mandat, mais aussi l’une des priorités de la France qui dirigeait le G7, pendant toute l’année 2019. L’égalité homme femme était donc logiquement l’un des principaux sujets de discussion lors du sommet du G7 de Biarritz, au mois d’août dernier.

Vigilants, Edouard Philippe et Emmanuel Macron se sont également assurés que lors du dernier remaniement ministériel, la parité au sein du gouvernement soit le plus possible respectée, même si dans les faits les hommes récupèrent plus souvent le portefeuille de ministre « plein », et les femmes, celui de secrétaire d’Etat… Mais ce qui vaut pour le monde politique, notamment parce que la loi a imposé la parité dans tous les scrutins de liste (municipales, régionales), et créé des tandems mixtes aux départementales, ne vaut pas forcément pour le monde économique et les entreprises privées.

S’il est inéluctable que la « Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » et l’index de l’égalité salariale Femmes-Hommes qui l’accompagne produisent déjà des effets significatifs (la loi fixe des milestones, des échéances dans le temps, et la publication annuelle des indicateurs ne permet pas de balayer le sujet sous le tapis), la parité tarde à s’imposer à la tête des grandes entreprises.

Il faut dire que la loi de 2011 sur la parité dans les conseils d’administration n’a pas vraiment forcé la main des hommes aux commandes. Ils avaient jusqu’à neuf ans pour faire de la place à leurs « homologues » femmes, la loi Coppé-Zimmerman fixant d’abord un premier seuil ridiculement bas à…. 20 % en 2014, puis, à 40 % au 1er janvier 2020 ! Et encore, pour les seules entreprises cotées de plus de 500 salariés… Au dernier pointage réalisé en juillet dernier par KPMG et le Women’s Forum France, ce seuil était franchi, mais dans la dernière ligne droite, avec 43,8 % de femmes siégeant au sein des conseils d’administration ou de surveillance des entreprises de plus de 500 salariés. Les entreprises de 250 à 500 salariés, désormais comprises dans le périmètre de la loi, ont encore beaucoup de chemin à parcourir, puisque le taux moyen de femmes dans leurs conseils ne dépasse pas les 22 %, preuve, s’il en était besoin, que la loi et les sanctions qui l’accompagnent sont efficaces.

Mais une fois passé le cap du conseil d’administration, que se passe-t-il, « au sommet ». C’est très simple : c’est le désert. Les femmes se font rares, très rares, à la tête des grandes PME, et encore plus aux commandes des ETI. Toujours d’après le Women’s Forum, on compte en moyenne une femme DG ou PDG, pour neuf hommes ! Au sein des entreprises du CAC 40, la statistique est encore bien pire. Avec Isabelle Kocher, directrice générale (et non PDG de Engie, la fonction de président ayant été attribuée à un homme, alors qu’elle était officiellement candidate), il y a une seule femme dirigeante d’une grande entreprise française cotée, pour trente-neuf hommes ! Dont la plupart ont en plus les mains libres, puisque PDG.

A cela s’ajoute le traitement incroyablement sexiste, pour ne pas dire machiste, qui lui a été réservé. Directrice générale d’Engie aux côtés du président Gérard Mestrallet, celle-ci a notamment demandé à récupérer le poste de PDG une fois acté le départ définitif de Gérard Mestrallet. Non seulement cela lui a été refusé, mais en plus Isabelle Kocher a dû faire face en interne à une véritable campagne de dénigrement, menée en partie par d’anciens fidèles de Gérard Mestrallet, en opposition sur la nouvelle stratégie impulsée par Isabelle Kocher. Les coups bas se sont multipliés, empiétant largement sur la vie privée d’Isabelle Kocher. Autant dire qu’il y a non seulement un problème de places à faire aux femmes, dans les plus hautes sphères du business, mais aussi de comportement à leur égard.

L’affaire a été jugée suffisamment sérieuse pour susciter la réaction de Chiara Corazza, directrice générale du Women's Forum, qui, dans une tribune adressée aux Echos, dénonce : « Pourquoi ne pas lui donner les mêmes chances qu'à ses paires de réussir ou... de ne pas réussir ? Pourquoi un traitement discriminatoire dès son arrivée aux commandes en scrutant au quotidien sa vie personnelle, ses qualités de management ? Pourquoi depuis quatre ans lui mettre la pression en lui demandant constamment de faire ses preuves ? Je n'ai pas l'impression que c'est le cas pour les autres... Pourquoi requérir pour elle - et elle seule - et pas pour tous une évaluation inédite par un cabinet d'audit international ? Pourquoi ne pas être fier qu'une femme respectée et appréciée dans le monde entier porte haut et fort les ambitions d'une France à la pointe des énergies renouvelables ? Pourquoi alors que le gouvernement avec une loi pionnière sur l'émancipation économique des femmes portée à l'issue du G7 de Biarritz cherche à réduire les inégalités, ne pas valoriser justement LA dirigeante dans le secteur de l'énergie pour attirer les femmes dans les métiers du futur ? » Et pourtant, les études réalisées par le Women’s Forum France sont édifiantes : en moyenne, les entreprises pilotées par des femmes se portent mieux. Leur marge opérationnelle est meilleure, et leur trésorerie plus souvent dans le vert que celles des entreprises pilotées par des hommes. Elles embauchent plus, ont moins de prud’hommes…

Peut-être que pour les mentalités changent vraiment faudrait-il que l’Etat montre l’exemple. Après Édith Cresson première (et dernière) femme Premier ministre de France, quid d’une femme présidente ? Selon un sondage Harris Interactive pour RTL publié en tout début d’année, 71 % des Français y sont favorables. Chiche !


Laurence Gillois

Militante associative, personnel administratif en collectivité locale