Alcool chez les jeunes : quand le gouvernement ne déconseille pas de boire…

Santé Publique France a lancé, lundi 25 septembre, une nouvelle campagne de prévention contre l’alcool destinée aux jeunes. Les professionnels de santé pointent l’ambiguïté de la campagne qui semble davantage prôner un encadrement de la consommation plutôt qu’une réduction.

Axelle Ker
Par Axelle Ker Modifié le 28 septembre 2023 à 13h44
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Encadrer la consommation d'alcool chez les jeunes plutôt que de la réduire

« Motives tes potes à moins consommer, C’EST LA BASE », « appelle direct les secours si ton pote est en bas, C’EST LA BASE », « pense à manger avant de boire de l’alcool, C’EST LA BASE » , « boire de l’eau si l’on consomme de l’alcool, C’EST LA BASE », etc. Voici les nouveaux slogans de la dernière campagne de prévention contre l’alcool destinée aux jeunes de 17 à 25 ans. Lancée par Santé Publique France le lundi 25 septembre, cette campagne suscite la polémique. Les professionnels de santé pointent du doigt le fait qu'elle soit davantage tournée vers l'encadrement de la consommation d’alcool chez les jeunes plutôt que vers sa réduction. « Boire de l’eau n’empêche pas les comas éthyliques, les agressions sexuelles, les rapports non protégés, etc », fustige Guylaine Benech, consultante en santé publique, allant jusqu’à dire que « C’est une campagne qui fait plaisir aux lobbies de l’alcool ».

En effet, les réactions des professionnels de santé ont été nombreuses. Bertrand Basset, président de l'association Addictions France, a notamment pointé, au micro de Sud radio, l’ambiguïté de la campagne de Santé publique France : « Elle ne parle pas des dangers de l'alcool, ne dit pas qu'il faut réduire sa consommation... Elle parle de précautions ». Bernard Jommier, médecin et sénateur socialiste, va plus loin dans la critique en soulignant l'absence de message de réduction de consommation. « 30 morts par jour (!) évitables dues à l’alcool. Un coût social estimé à 100 milliards d’euros, 14 fois celui des drogues illicites type #cannabis. Et la réponse du ministre de la santé c’est buvez de l’eau ? Affligeant ! », a tweeté par exemple le député écologiste Julien Bayou.

Le gouvernement réagit à la polémique

« Les jeunes boiront de toutes manières » peuvent dire certains. C'est d'ailleurs sous cet angle que le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau justifie la campagne : « La santé publique, c'est définir des priorités et choisir des messages. Ils peuvent se discuter, bien sûr… mais pas notre détermination à lutter contre ce fléau de santé publique », a-t-il noté sur X (anciennement Twitter). Pour le docteur Jimmy Mohammed, chroniqueur sur RTL et figure montante dans le domaine de la santé sur les réseaux, y voit plutôt « une stratégie de réduction des risques (…) c’est une stratégie qui est utilisée notamment chez les usagers de drogues. On propose un cadre pour mieux les encadrer ». Pour le Dr. Jean-Pierre Thierry, consultant en santé, il y a une approche économique derrière cette campagne qui vise à encadrer la consommation d'alcool chez les jeunes tout en préservant les intérêts des producteurs et vendeurs d'alcool.

Nos confrères de Radio France avaient mis en lumière des pressions du lobby du vin, Vin et Société, critiquant notamment un précédent message de Santé Publique France diffusé lors des fêtes. Par ailleurs, le gouvernement avait aussi été sujet à de vives critiques en 2019 pour avoir bloqué l'initiative Dry January prévue pour 2020. Selon les chiffres de l’OMS, plus de 13 % des décès chez les personnes âgées de 20 à 39 ans dans le monde sont directement liés à l’alcool. Les jeunes entre 17 et 25 ans sont les plus touchés. Sur cette tranche d'âge, l'alcool est responsable de près de 41 000 décès en France par an. Selon l'Agence nationale de santé publique, sur la tranche de 15 à 34 ans, l'alcool est responsable d'un décès sur quatre.

Axelle Ker

Diplômée en sciences politiques et relations internationales, journaliste chez Économie Matin & Politique Matin depuis septembre 2023.

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