Remaniement : Gabriel Attal peut-il sauver la Macronie ?

Matignon vient d’annoncer la nomination de Gabriel Attal comme nouveau Premier ministre ce mardi 9 janvier 2024 pour succéder à Elisabeth Borne. Signe de renouveau ou de continuité, que peut-on attendre de la nomination de Gabriel Attal ?

Axelle Ker
Par Axelle Ker Modifié le 9 janvier 2024 à 18h58
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Gabriel Attal entre à Matignon

La nomination de Gabriel Attal, âgé de seulement 34 ans, comme nouveau Premier ministre de la Ve République, ce mardi 9 janvier 2024. L'ancien ministre de l'Éducation est désormais le plus jeune Premier ministre nommé et succède à Élisabeth Borne qui avait rendu sa démission dans la soirée de lundi. Ce dernier a donc la charge de former un nouveau gouvernement dont nous connaîtrons très prochainement les nouveaux membres. Sa carrière politique, entamée au sein du Parti Socialiste où il a milité pendant une décennie, a pris une trajectoire ascendante lorsqu'il a rejoint En Marche en 2016 pour être élu député en 2017 et réélu en 2022 en remportant 48,06% des suffrages au premier tour.

Sa popularité, soulignée par un classement des personnalités politiques début 2024, où il talonnait Édouard Philippe avec 40% d'opinions favorables, a bien évidemment joué un rôle clé dans sa nomination. Le nouveau Premier ministre, qui est passé par l'École Alsacienne puis Sciences Po, a rapidement su prouver son efficacité en occupant diverses fonctions ministérielles, notamment en tant que secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, puis chargé du Budget avant de devenir ministre de l'Éducation en juillet 2023. Le jeune ministre a rapidement su se démarquer dans sa gestion du ministère de l'Éducation grâce à ses réformes disruptives qui ont été saluées par la droite : expérimentation sur l'uniforme scolaire, lutte contre le harcèlement et interdiction de l'abaya. Le jeune ministre montré qu'il était capable de prendre des initiatives et ainsi que des décisions tranchées et assumées.

La Macronie va-t-elle prendre un nouveau virage ?

Le remaniement orchestré par Emmanuel Macron, avec la nomination de Gabriel Attal, s'inscrit dans un contexte de crise pour la majorité présidentielle qui a été exacerbée par le vote de la loi sur l'immigration. Élisabeth Borne n'aura finalement laissé derrière elle que l'image d'une Première ministre qui utilise à outrance l'article 49.3 pour faire passer les réformes impopulaires du gouvernement en force. Le président n'apprécie guère d'être mis en difficulté. Ainsi donc, plutôt que d'opter pour une dissolution de l'Assemblée nationale, celui-ci a préféré capitaliser sur la popularité de son jeune protégé. En le nommant comme Premier ministre, il place par la même occasion Gabriel Attal sur le devant de la scène pour les prochaines élections européennes. Une stratégie qui est loin d'être passée inaperçue auprès de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, qui a rapidement réagi sur X (ex-Twitter) : « En nommant Gabriel Attal à Matignon, Emmanuel Macron veut se raccrocher à sa popularité sondagière pour atténuer la douleur d'une interminable fin de règne. Il risque plutôt d'emporter dans sa chute l'éphémère ministre de l'Éducation nationale... » Même tonalité du côté des LR. L'eurodéputé François Xavier Bellamy a déploré le manque d'expérience de Gabriel Attal et sa nomination qu'il estime n'être qu'un énième coup de communication de la part d'Emmanuel Macron : « Ce remaniement est le symptôme du vide politique actuel. (...) En quatre mois à l'Éducation nationale, qui pourrait avoir un bilan ? »

À la différence de l'ancienne Première ministre, Gabriel Attal dispose d'un capital de popularité favorable tant à gauche qu'à droite de l'échiquier politique. Sa nomination comme Premier ministre peut-elle être synonyme de renouveau pour la Macronie ? Personne ne semble y croire du côté de l'opposition. C'est le cas du fondateur du parti Reconquête! Eric Zemmour qui s'est exprimé sur le réseau d'Elon Musk : « Attal remplace Borne. Une macronienne est remplacée par un macronien qui va remplacer des macroniens par d'autres macroniens. Emmanuel Macron est une toupie : s'il arrête de tourner en rond, il tombe.» La critique se fait encore plus vive du côté de la LFI. Jean-Luc Mélenchon ne voit en cela que des signes de la part d'Emmanuel Macron pour la fidélité de son jeune protégé : « Attal retrouve son poste de porte-parole. La fonction de Premier ministre disparaît. Le monarque présidentiel gouverne seul avec sa cour. Malheur aux peuples dont les princes sont des enfants.». Malgré ces critiques, il faut reconnaître que le jeune ministre a redonné une part de confiance envers la politique aux Français pendant son ministère. Bien que ce dernier s'identifie comme faisant partie de l'aile gauche de l'échiquier politique, s'inscrit dans cette tendance. Emmanuel Macron le sait bien, la France tangue vers la droite de l'échiquier politique. Et c'est bien sur ce point qu'il pourrait rebattre les cartes tant sur le plan de la politique nationale que pour les prochaines élections européennes. Le président mise sur son poulain pour redorer l'image de Renaissance auprès des Français et appuyer la candidature de sa tête de liste pour ce prochain scrutin. Un joli coup de communication et en remaniement tout à fait stratégique en somme. Considérant son parcours politique, l'approche des élections européennes, et le fait qu'aucun successeur n'ait été désigné pour prendre la suite d'Emmanuel Macron, il paraîtrait peu probable que le jeune Premier ministre soit prêt à se couper ses ailes. Bien au contraire, tout laisse supposer que ce remaniement a pour dessein de le préparer à gravir la dernière marche.

Axelle Ker

Diplômée en sciences politiques et relations internationales, journaliste chez Économie Matin & Politique Matin depuis septembre 2023.

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