Majorité parlementaire d’Emmanuel Macron : un simple retour de la gauche ?

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Par Rédaction Modifié le 16 mai 2017 à 12h01
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Sur les 428 investitures annoncées par la République en Marche d’Emmanuel Macron (REM), on compte beaucoup d’élus et de sympathisants de gauche et très peu de droite. Faut-il en conclure que la majorité présidentielle penchera à gauche ?

Seule une poignée de candidats investis par la REM peuvent être estampillés de droite, et encore, beaucoup contestent qu’ils puissent être classés à droite, à l’image d’Aurore Bergé qui s’est souvent distinguée par ses prises de position plutôt à gauche. A l’instar de Jean Arthuis ou de Corinne Lepage, plusieurs anciens Ministres et conseillers des gouvernements de droite qui ont rejoint Emmanuel Macron ont fait part de leur déception à l’annonce de la liste des investitures. Sans parler de François Bayrou qui n’a pas caché sa surprise et sa colère. Que s’est-il passé ? Crise de vocations ? Manque de candidats crédibles de « la Droite avec Macron » ? Sectarisme de la part des cadres d’En Marche, très majoritairement de gauche ?

La droite avec Macron ?

Pour disposer d’un groupe parlementaire majoritaire, Emmanuel Macron aura besoin des électeurs de droite, ou, à défaut, du ralliement d’un certain nombre de parlementaires UDI et LR. Comment compte-t-il s’y prendre ?

La nomination d’Edouard Philippe comme Premier Ministre est un symbole fort, et un premier élément de réponse. Lors des mandats de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy, l’ouverture s’était limitée à quelques personnalités et ministères secondaires. Nommer un jeune parlementaire de droite à Matignon est un geste d’une autre ampleur. Edouard Philippe aidera sans aucun doute à rassurer de nombreux électeurs de droite tentés de donner sa chance au nouveau Président, mais les élections législatives se jouent également au niveau local et individuel. La fragmentation du paysage politique risque de multiplier les triangulaires, voire les quadrangulaires. Avec des batailles locales qui s’annoncent serrées, la crédibilité et la coloration politique de chaque candidat de la REM aura une importance décisive. A cet égard, on ne peut que s’étonner que la REM ait fréquemment investi des candidats faibles ou de gauche dans des circonscriptions de droite. A moins qu’il s’agisse d’un choix tactique délibéré.

L’autre manœuvre pour constituer une majorité macroniste consiste en effet à rallier des parlementaires UDI et LR considérés comme proches. Pour l’essentiel ces parlementaires « amis » se recrutent à l’UDI ou parmi les Juppéistes. Mais il est très difficile pour eux de rejoindre la REM avant les élections, sauf à perdre leurs investitures LR-UDI, ce qui est un grand risque dans des circonscriptions de droite. Dans ces conditions, la REM n’aura pas d’autre choix que d’investir ses propres candidats. Mais il y a un moyen subtil pour Emmanuel Macron d’aider ses amis LR et UDI sans les compromettre : investir face à eux un mauvais candidat REM…

Le cas emblématique de Frédéric Lefebvre

C’est le choix qui a été fait en Amérique, par exemple. Frédéric Lefebvre plaide depuis longtemps en faveur des majorités d’idées, au nom de l’intérêt général. Ainsi il a été l’un des rares parlementaires LR à voter la loi Macron. Une liberté d’esprit et d’action qui n’a pas été appréciée par son parti. A tel point que son investiture a été, un moment, suspendue par LR. Il est évident qu’Emmanuel Macron aurait tout intérêt à le voir élu, afin de pouvoir constituer un groupe de parlementaires LR et UDI pouvant rejoindre durablement ou régulièrement sa majorité. Aussi, la REM a décidé d’investir le candidat le plus fragile dont il disposait en Amérique. Laurence Haïm - que l’on ne présente plus - ou Benjamin Haddad, ex LR, jeune et brillant, soutien précoce d’Emmanuel Macron, implanté à Washington, auraient été des adversaires redoutables pour Frédéric Lefebvre dans une circonscription qui a voté pour Emmanuel Macron à plus de 51 % dès le premier tour. Mais la REM "leur" a préféré Roland Lescure, un candidat inconnu, néophyte, issu d’une famille communiste et implanté à Québec alors que la plupart des électeurs résident aux Etats-Unis. Un candidat qui ne parvient même pas à obtenir le soutien unanime des militants d’En Marche, dont plusieurs cadres locaux se sont prononcés pour Frédéric Lefebvre. On voudrait faire élire ce dernier que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Une majorité construite sur trois piliers mais une seule idéologie

On le voit, la majorité d’Emmanuel Macron sera constituée de trois « blocs ». Des parlementaires élus sous l’étiquette REM et des ralliements issus du PS, d’une part, et de la droite LR et UDI, d’autre part, à qui la REM aura pris soin d’opposer des candidats faibles. Cette séparation a vocation à disparaitre rapidement, notamment parce que les parlementaires qui voteront trop souvent pour le nouveau Gouvernement se feront probablement exclure de leurs partis respectifs. Mais aussi parce que, au fond, ils partagent la même fibre sociale-démocrate de centre gauche. Edouard Philippe a d’ailleurs commencé au parti socialiste et Frédéric Lefebvre se présente comme un « gaulliste de gauche ».

Quelle opposition ?

Face à cette majorité macroniste relativement cohérente d’un point de vue idéologique, les seuls courants d’idée qui auront suffisamment d’air pour survivre politiquement seront les socialo-communistes classiques (Hamon, Mélenchon, Duflot), les souverainistes étatistes (Dupont-Aignan, le FN de Marine Le Pen et de Philippot) et les libéraux, conservateurs et identitaires (LR version Fillon, le courant du FN incarné par Marion Maréchal).

L’élection d’Emmanuel Macron est une secousse tellurique qui n’a pas fini de faire sentir ses effets. La reconstruction du paysage politique français a commencé, sur les bases d’une clarification idéologique trop longtemps repoussée. L’alliance tactique entre des gauches irréconciliables que représentait le PS est brisée. Emmanuel Macron parviendra-t-il à briser LR de la même manière ? Le FN pourra-t-il conserver son unité entre les deux lignes qui le divisent profondément ? Une chose est sûre : seuls ceux qui sauront s’armer d’une idéologie claire et cohérente et d’un parti renouvelé et modernisé pourront émerger du champ de ruines qui suivra les élections présidentielle et législative, et survivre aux coups de boutoir d’un Président réformateur qui pourrait les ringardiser rapidement.

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